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Rédaction Paris

Publié le

10 févr. 2026 à 20h20

Des regrets, oui. Mais des excuses, non. Les CRS jugés à Paris pour avoir matraqué des manifestants dans un Burger King à Paris pendant l’acte 3 des « gilets jaunes » en décembre 2018 ont soutenu mardi 10 février 2026 n’avoir fait que leur travail, face à des victimes encore traumatisées, sept ans après les faits. Neuf policiers, tous membres à l’époque des faits de la CRS 43 basée à Chalon-sur-Saône, comparaissent depuis lundi pour violences volontaires avec plusieurs circonstances aggravantes.

« Violence gratuite

La justice leur reproche d’avoir, le 1er décembre 2018, troisième samedi de manifestations des « gilets jaunes« , matraqué et frappé à coups de pied des manifestants qui s’étaient introduits dans un Burger King à proximité de la place de l’Étoile pour reprendre leur souffle alors que l’air était saturé de gaz lacrymogènes. Le tout sans sommation et sans leur laisser le temps d’évacuer l’endroit, alors qu’ils n’opposaient pas de résistance.

« Il faut que cette violence gratuite, elle soit reconnue », exhorte à la barre Manon Retourné, l’une des parties civiles. Cette jeune mère de famille s’était rendue à Paris avec son compagnon, Maxime Meilhac, pour manifester pour la première fois de sa vie, excédée par la hausse des prix. Après avoir marché pacifiquement dans Paris pendant plusieurs heures, le couple se retrouve sur la place de l’Étoile en fin d’après-midi, et cherche une bouche de métro pour rejoindre la gare Saint-Lazare.

27 coups de matraque

Mais la situation est tendue, les forces de l’ordre repoussent les protestataires vers l’avenue de Wagram, et l’air devient irrespirable. « On était dans un nuage, on ne respirait plus », raconte la jeune femme. « Je suis à tâtons, je ne vois rien ». À proximité du Burger King, éclairé, elle entend une voix qui dit « venez par là », et suit la foule avec son compagnon.
Natan Arthaud, un autre manifestant qui cherchait aussi à quitter la place de l’Étoile avec un ami, entend le même appel. « On rentre dans le Burger King, on reprend notre souffle, il y en a qui vomissent, qui crachent, c’est un moment de chaos affreux, on est contents d’être entrés à l’intérieur », se remémore-t-il.

Mais quelques minutes plus tard, les CRS entrent dans le fast-food. « Je lève les bras en l’air pour montrer qu’ils n’ont rien à craindre, je me fais pousser. Ce qui me manque, c’est un pas, je suis à un pas de pouvoir sortir », relate Natan, la voix brisée par l’émotion. Il tombe par terre, et reçoit au total 27 coups de matraques, de la part de différents policiers. De son côté, le couple est coincé dans un coin du restaurant.

Voyant les policiers approcher, Maxime recouvre sa compagne pour éviter qu’elle ne soit touchée. « À travers Max, je ressens les coups… lui qui crie « on n’a rien fait » et eux qui tapent, qui tapent », se souvient Manon. Il finit le visage en sang, et elle se rend compte de son côté le lendemain que son bras est couvert d’un énorme hématome. Son nerf est touché et elle souffre toujours depuis cet événement. « Ça la traumatise toujours, sept ans après », témoigne Maxime devant le tribunal.

Des regrets, pas des excuses

« Au quotidien, je me mets à trembler dès que je croise un policier en uniforme », confie pour sa part Natan. « Je pensais que le temps résoudrait la chose, que la justice résoudrait la chose, mais de fait il s’est passé sept ans, et le temps n’a pas suffi », constate le jeune homme qui attendait entendre « des excuses » pendant le procès. En vain. Interrogé dans la matinée, Raphaël A., l’un des prévenus qui lui avait asséné plusieurs coups de matraque, a douché ses espoirs.

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« Des regrets, on en a. Des excuses je n’en ferai pas« , a-t-il déclaré devant le tribunal: « Je ne vais pas m’excuser d’avoir fait mon travail, on m’a demandé de sortir des gens ». Le procès se poursuit jeudi, avec notamment les plaidoiries des avocats et les réquisitions du parquet.

AFP

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