« Je viens de croiser le regard de l’agresseur de mon fils ! » Florence a les larmes aux yeux en arrivant à la station de métro Debourg, dans le 7e arrondissement de Lyon, où elle a donné rendez-vous à ses soutiens. Malgré l’émotion, la mère de famille garde la tête froide : « Nous sommes là pour dénoncer l’agression de Théo, mais aussi celles de toutes ces victimes invisibles. » La pluie n’a pas découragé les quelque 200 personnes venues se joindre à elle ce mardi. Quelques jours plus tôt, elle lançait un appel à la mobilisation après la libération de la bande de cinq jeunes, âgés de 14 à 16 ans, qui se sont déchaînés sur son fils Théo, 19 ans.
La manifestation débute à quelques mètres du lieu de l’agression. « Ne laissons pas la peur et l’indifférence nous détruire », peut-on lire sur la banderole. Dans cette foule mêlant toutes les générations, une même compassion s’exprime à l’égard de cette mère qui a « eu le courage de médiatiser son histoire pour protéger les jeunes », confie un enseignant et père de famille. Au sein du cortège, le constat est unanime : la délinquance progresse dans la métropole. « Ce sont des prises à partie constantes, raconte Julien, 39 ans, travailleur intérimaire et habitant du 8e arrondissement. Je remarque cela depuis le confinement. Des jeunes traînent en bande, tentent d’intimider les passants, puis s’en prennent à eux. »
Peu d’élus présents
Jérémy, étudiant à l’université, a lui aussi fait le choix de venir – renonçant à un cours magistral de droit – pour dénoncer ce climat d’insécurité. Il y a deux ans, son frère a été violemment tabassé. D’autres noms de victimes sont cités, comme celui d’Ashur Sarnaya, assassiné à coups de machette dans le 9e arrondissement de Lyon en septembre alors qu’il était en direct sur TikTok – où il évoquait sa foi chrétienne.
Dans le cortège, les représentants politiques se font rares. « Ils sont trop occupés ailleurs », lance Florence, désabusée. Après la médiatisation de l’affaire Théo, elle a longtemps espéré une réponse à ses appels adressés au maire de Lyon, Grégory Doucet, ainsi qu’à la maire du 7e arrondissement, Fanny Dubot. En vain.
« Pourquoi ces agresseurs sont-ils plus protégés que Théo ? »
Agnès Marion, secrétaire générale du parti Identité-Libertés et tête de liste aux élections municipales de Saint-Genis-Laval, est toutefois présente. La semaine dernière, elle alertait déjà sur un drame survenu dans un collège de sa commune : une adolescente a été tabassée par une autre, âgée d’à peine 16 ans, multirécidiviste, dont le père est placé sous bracelet électronique. Cette banlieue du sud-ouest lyonnais, pourtant réputée pour son cadre de vie, a également été marquée l’été dernier par un autre fait divers : le viol d’une jeune fille de 16 ans, en pleine rue, un matin. Un calvaire de plus d’une heure infligé par un homme comptant… 71 mentions au fichier des antécédents judiciaires, selon Agnès Marion, qui a rencontré la famille de la victime. Trois jours avant les faits, l’agresseur avait été relâché après une énième interpellation.
La suite après cette publicité
Parmi les manifestants se trouve également une autre élue : Tiffany Joucour, députée du Rassemblement national, écharpe tricolore sur les épaules. Comme de nombreux participants, la Lyonnaise plaide pour davantage de caméras de vidéosurveillance, mais aussi pour l’abaissement de la majorité pénale à 16 ans. Car au-delà de la violence de l’agression subie par Théo, c’est l’impunité que dénonce sa mère : « Pourquoi ces agresseurs sont-ils plus protégés que Théo, qui a dû déménager et vit désormais la peur au ventre ? »
Un sentiment d’impuissance
Après leur arrestation – rendue possible grâce aux caméras de vidéosurveillance – les jeunes ont été remis en liberté sous contrôle judiciaire, « seule mesure de sûreté pouvant être prononcée à l’encontre de mineurs de moins de 16 ans », précise le parquet. Une décision valable dans le cadre d’un vol aggravé, mais l’accusation de « tentative d’homicide » aurait pu justifier une détention provisoire. « Ces jeunes n’ont pas seulement voulu voler le téléphone de mon fils, mais assouvir leur soif de violence », s’indigne Florence.
Parmi les agresseurs figure un adolescent de 14 ans, déjà connu pour vingt-cinq faits différents, dont des faits de torture. « Des sanctions sont nécessaires, affirme Hélène, 54 ans, qui a posé un jour de congé pour participer à cette mobilisation. Un emprisonnement, même court, permet de protéger la société et possède surtout une vertu éducative. Sans cela, il ne faut pas s’étonner de la multiplication des récidives. »
« Beaucoup minimisent l’insécurité parce qu’ils n’en sont pas témoins »
Au fil de la marche, encadrée par des CRS, un jeune homme reste en retrait. Capuche sur la tête, masque sur le visage, Ethan* refuse d’être reconnu, mais tient à être présent. Le 26 décembre dernier, il a été violemment agressé par cette même bande, qui menaçait de le jeter par-dessus le pont Raymond-Barre, à Lyon. Sans l’intervention d’une passante, il ne serait sans doute plus en vie : « S’ils m’avaient tué, moi ou Théo, quelques semaines plus tard, la justice aurait-elle été plus ferme ? Que faut-il pour réagir : une marche blanche ? »
Le jour de son dépôt de plainte, Ethan se souvient de l’impuissance ressentie par les policiers : « Je ne leur en veux pas, car ils sont eux-mêmes victimes d’un système judiciaire inadapté. » Il regrette toutefois le déni de certains responsables politiques. « Beaucoup minimisent l’insécurité parce qu’ils n’en sont pas témoins ou parce qu’ils ne veulent pas voir. D’autres accusent les médias de déformer les faits, alors qu’ils se font simplement les porte-voix de notre détresse », confie-t-il.
À travers cette médiatisation – dont elles paient parfois le prix – les victimes réclament une réponse politique forte. Loin des clivages, c’est d’un même cri du cœur que ces Français sont venus s’exprimer, demandant simplement protection pour eux et leurs enfants, mais aussi que justice soit rendue. Seront-ils enfin entendus ?
*Le prénom a été modifié.