Opposés dans la perspective de la présidentielle, Gabriel Attal et Edouard Philippe ont affiché une rare unité lundi 10 février au Cirque d’Hiver. Devant 1 500 personnes, les deux anciens Premiers ministres sont venus soutenir Pierre-Yves Bournazel, candidat aux municipales parisiennes, qui se pose en alternative apaisée à la majorité sortante.

Paris peut parfois suspendre le temps politique. Lundi 10 février au soir, au Cirque d’Hiver, Gabriel Attal (secrétaire général de Renaissance) et Edouard Philippe (fondateur du parti Horizons) ont partagé la même estrade pour soutenir Pierre-Yves Bournazel, candidat aux municipales à Paris sous la double étiquette de leurs partis respectifs. Devant quelque 1 500 personnes, les deux anciens Premiers ministres, pourtant engagés dans une compétition feutrée en vue de 2027, ont fait front commun derrière celui qui ambitionne d’incarner une « troisième voie » dans la capitale, face aux candidatures des deux favoris, Emmanuel Grégoire (PS) et Rachida Dati (LR). Une image d’unité scrutée de près au sein du bloc central, alors que, comme l’a récemment analysé Libération, les deux ex-chefs de gouvernement se préparent à un duel de longue haleine pour le leadership présidentiel.

Au cœur de la soirée, Pierre-Yves Bournazel a salué ce soutien appuyé : « Avec vous, c’est l’union sacrée pour Paris. Vous êtes deux amis, deux anciens Premiers ministres et votre soutien m’honore. » Le candidat a aussi convoqué l’histoire politique en reprenant une formule associée à François Mitterrand et son fameux slogan de l’élection présidentielle de 1981, « la force tranquille » : « Nous allons changer Paris. C’est une profonde émotion parce que vous me donnez de la force, la force tranquille et déterminée qui est la mienne, qui va nous permettre ensemble de dessiner un nouveau chemin pour Paris, le chemin de la victoire les 15 et 22 mars prochains » a scandé Pierre-Yves Bournazel.

Alternance, apaisement et rassemblement

Dans son intervention, Gabriel Attal a posé les termes d’une alternance qu’il veut voir dépasser les clivages traditionnels. « Paris a besoin d’alternance et cette alternance, Pierre-Yves, c’est toi qui l’incarnes parce que tu as le projet le plus crédible, le plus travaillé, tu as l’expérience d’un élu de terrain. » L’ancien Premier ministre a pris soin de nuancer son propos sur le bilan de la gauche parisienne : « L’alternance, ce n’est pas une question d’étiquette, ce n’est pas dire que tout ce qui a été fait ces dernières années est mal par principe » Avant de plonger la salle dans une stupéfaction manifeste en encensant un ancien maire… socialiste : « Le bilan d’Anne Hidalgo, c’est non, l’héritage de Bertrand Delanoë, c’est oui, un grand oui, et je l’assume. » a lancé Gabriel Attal.

Edouard Philippe, lui, s’est bien gardé de chanter les louanges de Bertand Delanoë : « Moi mon modèle à Paris, je dois le dire Gabriel, c’est plutôt Chirac! » Mais pour le fondateur de Horizons, « le rassemblement, c’est une dynamique, une capacité à parler à des gens qui ont justement une origine ou des visions différentes ». Il a, lui aussi, mis en avant le profil du candidat qu’il soutient, saluant un homme capable de rassembler largement. « Pierre-Yves sera un grand maire parce qu’il est intelligent, visionnaire, raisonnable, déterminé, attentif, très tenace, très fidèle, il sait faire le rassemblement, il ne fait rien qui insulte l’avenir. » Et de conclure, en écho à son ancien successeur à Matignon : « Paris a besoin d’alternance, Gabriel a raison. Paris a besoin de sérénité et d’ambition. »

En guise de pique adressée à ceux qui critiquent l’unité de façade des deux anciens Premiers ministres macronistes dans la capitale, Edouard Philippe ajoute : « Une campagne, ça n’est jamais qu’un candidat, un programme et une liste. Le reste, c’est du commentaire. Et des commentaires, qu’est ce que j’en entends ! Des commentaires psychologiques, tactiques, stratégiqes, des commentaires sur ce que ce qu’il se passera ensuite dans d’autres élections… des commentaires dans tous les sens, qui ont sans doute la vertu d’intéresser les commentateurs, mais qui ont l’inconvénient majeur d’emmerder totalement les électeurs! » – des mots accueillis par des applaudissements nourris en provenance des gradins du Cirque d’hiver, où Attal et Philippe ont affiché une convergence de discours municipale, malgré des trajectoires nationales désormais appelées à se croiser, voire à s’affronter.

publié le 10 février à 22h45, Sabrina Guintini, 6Medias

Partager