Transformer la ville en musée à ciel ouvert : telle est l’ambition de l’agence L’Art dans la ville, qui multiplie depuis trois ans les projets d’affichage XXL dans l’espace public. Sur les murs, les panneaux et les façades investis, non pas des publicités mais des reproductions d’œuvres d’art, comme les photographies sportives de Raymond Depardon et de son fils Simon qui ornaient les quatre coins de la capitale durant les JO 2024.

Dernier projet en date ? L’apparition du tableau Rythme n°1 (1938) de Robert Delaunay (1885–1941) sur une façade aveugle de la rue du Louvre. Sur cinq étages de hauteur, l’affichage exalte le ballet de formes géométriques du peintre orphiste, et convie dans l’agitation parisienne, à deux pas du quartier des Halles et de la Bourse de Commerce, une œuvre majeure du musée d’Art moderne de Paris, complice de ce généreux projet.

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Des partenariats avec des institutions ou des entreprises

Il y a quelques mois, ce même mur avait déjà été utilisé par L’Art dans la ville, avec l’agrandissement d’une composition d’Agnieszka Polska, l’une des artistes de l’exposition « Science/Fiction — Une non-histoire des plantes », financé grâce à un partenariat avec la Maison européenne de la photographie.

C’est ainsi que fonctionne L’Art dans la ville : pour réaliser ses affichages, l’agence initie des collaborations entre des artistes et des entreprises ou des institutions, qui apparaissent à travers un petit logo en bas de la reproduction, mais laissent la majeure partie de l’image à un créateur. Ici, le partenariat a donc été noué avec le MAM et Paris Musées – et pourra donner envie aux passants d’aller voir l’œuvre en vrai, à quelques stations de métro de là.

Quelle place pour l’art dans l’espace urbain ?

L’Art dans la ville a été fondé par deux amis : Alexis Mancel, riche d’une expérience de dix ans au sein du groupe JCDecaux où il était en charge de l’habillage de monuments historiques (palais Garnier, musée d’Orsay…) par des publicités grands formats durant leurs travaux, et David-Hervé Boutin, entrepreneur multirécidiviste de la culture, passé par le groupe de production audiovisuelle Kabo et créateur du prix Sisley Beaux-Arts de Paris.

Ensemble, unissant leur savoir-faire et leur carnet d’adresses, ils ont développé l’idée d’occuper les surfaces vierges des échafaudages, si nombreux dans les grandes villes, avec de l’art. Leur système de financement offre à des marques comme le groupe de luxe Kering, Ikea, Calvin Klein ou le marchand de vin Nicolas, mais aussi des institutions, des promoteurs et des bailleurs immobiliers l’occasion d’associer leur image à la créativité des artistes. 

Robert Delaunay, Rythme n°1

Robert Delaunay, Rythme n°1, 1938

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Huile sur toile • 529 × 592 cm • Coll. musée d’Art moderne de la Ville de Paris, Paris • © Universal History Archive / UIG / Bridgeman Images

Le plus souvent, ceux-ci sont vivants, voire très jeunes, comme Alexey Chernikov (né en 1997) ou Alexandre Lenoir (né en 1992), et issus de différentes disciplines, du street art textuel de Rero (né en 1983) aux peintures imprégnées de l’esprit Memphis de Camille Walala (née en 1975). La collaboration avec le musée d’Art moderne de Paris regarde, quant à elle, plutôt vers les collections municipales, mais ravive le regard sur des œuvres capitales du patrimoine français, prouvant de cette manière l’éternelle jeunesse de la puissance colorée de Delaunay.

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