Publié le 10/02/2026 23:20
Mis à jour le 10/02/2026 23:49
Temps de lecture : 5min – vidéo : 4min
Le journaliste France Télévisions Jean-Paul Chapel vous raconte la grande histoire de l’héritage en France. La France est-elle en train de devenir une société d’héritiers ? Il faut remonter aux Révolutionnaires de 1789 pour retrouver le premier impôt sur les successions en France.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Dans les 15 ans qui viennent, le plus grand héritage de tous les temps va passer d’une génération à l’autre : 9 000 milliards d’euros, du jamais vu. Des maisons, des placements financiers, des lingots d’or… C’est le patrimoine possédé aujourd’hui par les enfants du Baby-Boom. Ils ont maintenant l’âge de transmettre par donation et succession. Alors, comment est aujourd’hui taxé l’héritage ? La réponse se trouve dans le passé, à l’époque du premier impôt d’État sur les successions.
Nous sommes en 1790, juste après la Révolution française et la prise de la Bastille, l’abolition des privilèges, y compris pour les héritages. C’est l’assemblée constituante qui vote une loi, qu’on soit noble ou roturier, l’impôt sera le même, 1 %, quand les parents transmettent à leurs enfants. Une taxation symbolique qui ne corrige pas les inégalités. Résultat, la France devient une société de rentiers. En 1900, 80 % de ce que possèdent les Français provient d’un héritage, un patrimoine concentré entre les mains des 10 % les plus riches.
En 1901, l’impôt sur les successions devient progressif : plus l’héritage est important, plus il sera taxé. Le XIXe siècle était celui des inégalités, le début du XXe va bouleverser l’ordre établi. Ce sont surtout les guerres et les crises économiques qui vont remettre les compteurs à zéro. Le capital est détruit, les fortunes s’effondrent. La forte croissance des Trente Glorieuses permet alors de s’enrichir par le travail, le mérite plutôt que la rente. Mais, côté gouvernement, la priorité c’est de ne pas trop toucher aux règles pour ne pas effrayer les héritiers.
« Les modifications se traduisent par une situation identique pour toutes les successions petites et moyennes de notre pays, c’est-à-dire la très très grande, l’immense majorité des successions », déclarait Jacques Chirac en 1968. L’impôt augmente timidement pour les plus fortunés. Résultat, en 1970, ce n’est plus 80 %, mais seulement 35 % de ce que possèdent les Français qui provient d’un héritage. Mais tout va changer dans les décennies suivantes.
Les prix de l’immobilier et les marchés boursiers s’envolent, et les inégalités avec. Pourtant, d’élection en élection, aucun chef d’État n’ose vraiment s’attaquer aux inégalités qui se creusent. « Quand on a travaillé dur, quand on a payé ses impôts, au nom de quoi devrait-on interdire à ces familles de transmettre à leurs enfants le fruit d’une travail de toute une génération ? », interrogeait Nicolas Sarkozy. En 2012, François Hollande tente une réforme : « Il faudra aussi en faire une réforme qui sera liée d’ailleurs aux impôts sur les successions, parce que dans tous les grands pays, une façon de toucher le patrimoine, c’est l’impôt sur les successions. »
En guise de réforme, des réformettes qui ne changent pas la donne. Il faut dire que l’opinion publique est par principe hostile à cet impôt sur la mort. En 2017, Matignon alerte sur les inégalités. La part du patrimoine hérité a augmenté. Désormais, 60 % de ce que possèdent les Français provient d’un héritage. Et ce patrimoine est presque aussi concentré qu’au XIXe siècle. En prime, on hérite de plus en plus tard. En 1980, l’âge moyen était de 42 ans. Aujourd’hui, c’est 50 ans. Et dans les années à venir, l’héritier sera de plus en plus âgé.
C’est le problème pointé par le rapport. On hérite de plus en plus à un âge où on en a le moins besoin. Alors, la France est-elle en train de redevenir une société d’héritiers ? En tout cas, quand on regarde la bourse de Paris, entre les famille Arnault, Hermès, Bettencourt, Pinault et Dassault, le poids des grandes dynasties familiales, et donc leur fortune, a doublé en 10 ans.
- Plouviez Mélanie. L’injustice en héritage. Repenser la transmission du patrimoine. Éditions La Découverte, 2024.
- Conseil d’analyse économique. Repenser l’héritage. 2021.
- Dherbécourt Clément (France Stratégie). 2017-2027 : comment réformer la fiscalité des successions ? Note d’analyse, 2017.
- Conseil supérieur du notariat.
Liste non exhaustive.