Des chercheurs européens affirment avoir mis au jour une «vulnérabilité cachée» du glioblastome, l’une des formes les plus agressives et les plus mortelles de cancer du cerveau. Cette découverte ouvre la voie à de nouvelles pistes thérapeutiques, notamment grâce à l’alimentation et à des traitements déjà bien connus des médecins.
L’étude, publiée dans la revue Science Advances et relayée par The Independent, a été menée par une équipe internationale impliquant des instituts de recherche de cinq pays européens, dont le Cancer Research UK Scotland Institute de Glasgow. Leur objectif: comprendre comment ce cancer résiste à presque toutes les thérapies existantes, et identifier une faille exploitable dans son fonctionnement.
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Les scientifiques se sont intéressés à la manière dont les cellules de glioblastome métabolisent certaines vitamines essentielles, en particulier la vitamine B3. À leur grande surprise, ils ont découvert que les médicaments stéroïdiens, couramment utilisés pour réduire l’inflammation chez les patients, modifient fortement cette activité métabolique.
«Nous avons découvert une vulnérabilité jusqu’ici invisible dans les tumeurs de glioblastome, explique le Dr Saverio Tardito, coauteur principal de l’étude. Cette particularité pourrait ouvrir la voie à de nouvelles approches diagnostiques et thérapeutiques, y compris des stratégies fondées sur l’alimentation.»
Des essais cliniques nécessaires
Concrètement, les chercheurs ont montré qu’en combinant un traitement à base de stéroïdes avec un régime réduisant la présence de méthionine –un acide aminé que l’on trouve dans de nombreux aliments protéiques– ils parvenaient à ralentir considérablement la croissance des tumeurs dans des modèles précliniques. En privant les cellules cancéreuses de certaines ressources métaboliques essentielles, leur prolifération devient beaucoup plus difficile.
Cette approche, souvent appelée «thérapie métabolique», repose sur une idée simple: si l’on empêche un cancer d’obtenir les nutriments dont il a besoin pour croître, on peut l’affaiblir sans attaquer démesurément les tissus sains. Jusqu’à présent, cette stratégie avait donné des résultats mitigés, mais la découverte d’un point faible aussi précis dans le glioblastome redonne de l’espoir.
Les auteurs précisent que ces résultats ont été obtenus sur des modèles animaux et que des essais cliniques seront nécessaires avant toute application à grande échelle chez l’humain. Mais le potentiel est jugé prometteur, car il s’appuie sur des médicaments déjà utilisés et des ajustements nutritionnels bien tolérés.
Pour Sam Godfrey, responsable de la communication scientifique à Cancer Research UK, cette avancée pourrait constituer un tournant vital: «Le glioblastome est un cancer à croissance rapide pour lequel il est urgent de trouver de nouvelles formes de traitement. Les découvertes capables d’en ralentir la progression et de donner plus de temps aux familles sont cruciales.»
En mêlant pharmacologie et nutrition, la recherche sur le glioblastome pourrait, dans un futur proche, offrir aux patients une nouvelle option: affaiblir le cancer de l’intérieur, sans alourdir des traitements déjà difficiles.