REPORTAGE – L’intersyndicale du géant français du jeu vidéo a appelé les 3800 salariés français à trois journées de mobilisation, alors que le groupe fait face à une réorganisation d’ampleur et un plan d’économies.

Record battu pour une mobilisation sociale chez Ubisoft ? Au premier jour du mouvement de grève chez le géant français du jeu vidéo, les syndicats annoncent que 1200 salariés sur les 3800 que compte Ubisoft en France se seraient mis en grève ce mardi. Ce chiffre, communiqué par le Syndicat des travailleurs du jeu vidéo (STJV), a été confirmé au Figaro par Solidaires Informatique. Interrogé, Ubisoft indique de son côté que 538 salariés se sont déclarés grévistes ce mardi soir, soit 15% des effectifs français. «C’est normal, tout le monde ne s’est pas encore déclaré», affirme une source syndicale. Les salariés du privé peuvent en effet faire cette déclaration au lendemain du mouvement.

La présence aux piquets de grève était, elle, plus modeste. À Saint-Mandé (Val-de-Marne), devant le siège du groupe, Le Figaro a pu constater la présence d’environ 150 salariés, qui ont été rejoints par les députés LFI Ugo Bernalicis et Antoine Léaument, ainsi que par Sophie Binet. «Bravo pour votre unité syndicale, car c’est comme ça que l’on gagne», a souligné la secrétaire générale de la CGT, ajoutant que «votre mobilisation est importante sur le volet du télétravail, mais aussi des principes. On ne traite pas les salariés comme des Kleenex, et le droit syndical s’applique aussi chez Ubisoft». Ailleurs en France, des piquets de grève ont été tenus devant les studios à Bordeaux, Lyon, Montpellier et Annecy, avec à chaque fois plusieurs dizaines de grévistes, selon les constatations de l’AFP.


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Cette mobilisation fait suite à l’annonce par Ubisoft, le 21 janvier dernier, d’un plan visant à décentraliser le groupe. Il sera éclaté en cinq «Maisons créatives», spécialisées dans des styles de jeux et certaines licences du groupe, qui auront une grande autonomie dans la conception des nouveaux projets et la tenue de leurs finances. Le détail de ce big bang devrait être communiqué le 1er avril. «La direction prêche la créativité, mais les salariés n’y parviendront pas s’ils travaillent dans un climat de peur», a déclaré un élu CFE-CGC face aux grévistes.

«Les décisionnaires sont déconnectés des véritables créatifs»

La réorganisation s’accompagne d’un plan d’économies de 200 millions d’euros. «Qui sera sur la liste du prochain jeu annulé, du prochain studio fermé, du prochain plan de licenciement ?», a-t-il poursuivi. En France, le siège du groupe est la première entité touchée, avec une rupture conventionnelle collective qui devrait concerner 200 des 1100 salariés d’Ubisoft International. Chez les grévistes, il fait peu de doute que les studios de production risquent d’être les prochains sur la liste.

L’annonce du retour au 100% présentiel – seul un «package» annuel de jours de télétravail sera alloué aux salariés – a également échauffé les esprits chez les salariés. «On est blâmé pour des problèmes qui ne sont pas de notre ressort», explique une salariée gréviste au Figaro. «Cela fait trois ans que c’est la crise chez Ubisoft, et il n’y a aucune reconnaissance des erreurs stratégiques de la direction. Les mauvaises décisions s’enchaînent, et ce sont les studios qui payent les pots cassés», ajoute un autre.

«Les décisionnaires sont déconnectés des véritables créatifs. Je crois que cela se ressent sur nos jeux : leur direction est mauvaise», cingle un troisième. La réorganisation en «Maisons créatives» vise précisément à donner aux studios davantage d’autonomie face au siège de Saint-Mandé. Mais les salariés grévistes peinent à croire à cette promesse. La direction de l’entreprise, cible de bien des critiques des salariés, n’aura pas pu voir le piquet de grève situé face à ses bureaux. Le «top management» d’Ubisoft est en effet cette semaine en Suède, au studio Massive de Malmö, pour assister à l’évènement annuel interne «Ubisoft Developers Conference».