Raphaël, pourquoi le match en Bulgarie était un match piège comme ceux qui ont vu l’Australie, l’Argentine et les Pays-Bas chuter contre des nations, sur papier, moins fortes ?
La Coupe Davis, c’est totalement différent d’un match officiel habituel. Tu joues pour ton pays, tu as toute une nation derrière toi. C’est une pression totalement différente. Et celle-ci est encore plus grande quand ton équipe est favorite. C’était assez compliqué à gérer mentalement. Mais on s’en est bien sorti. Et heureusement qu’on a fini directement avec le double à 0-3. Sinon le stress aurait augmenté.
L’absence de Zizou Bergs a-t-elle augmenté la pression sur vos épaules ?
J’étais aussi titulaire l’année passée. Maintenant, c’est juste mon numéro qui changeait. J’allais quand même jouer contre le n° 1 et le n° 2. C’était juste les jours qui étaient inversés. Et sinon, dans le vestiaire, je n’ai pas eu l’impression d’avoir un rôle différent. J’étais là, comme d’habitude, pour mettre la bonne ambiance et essayer de rapporter le plus de points. On sait qui sont les leaders. En Bulgarie, c’était le capitaine, Steve, Sander et Joran. Je suis encore un petit nouveau. Je reste à ma place.
Vous avez d’ailleurs donné une note de 5/10 à votre premier simple ?
C’était difficile pour moi de me lâcher. Parce que je savais que je n’avais pas le droit à l’erreur. Je n’ai pas, non plus, beaucoup d’expérience en Coupe Davis. C’était un poids sur mes épaules et cela m’a rajouté de la pression. Finalement, j’ai bien géré. Je n’ai pas joué mon meilleur tennis, mais l’essentiel était là avec le succès.
Le Liégeois avoue que la pression augmente quand il enfile les couleurs de la Belgique. ©Belgaimage
Et le changement de surface en passant pendant une semaine sur la terre battue a été bien digéré ?
C’est une surface que j’affectionne. Mais au niveau des muscles, des articulations, ce sont des nouveaux mouvements qu’on n’avait plus l’habitude de faire. J’ai eu beaucoup plus de courbatures le lendemain. Après, pour le pays, on ne calcule pas.
guillement
Se rapprocher de la carrière de David, cela va être compliqué. »
Prochaine étape, le Challenger de Pau avec un titre à défendre ?
C’est le tournoi qui m’a permis d’accéder au top 100 mondial. Il restera toujours spécial pour moi. Je suis content d’y retourner. Tournoi Challenger ou ATP, je serai toujours motivé. En plus, Pau, c’est un des meilleurs Challengers en Europe, la salle est extraordinaire.
Depuis quelques mois, il y a plus de Belges sur les mêmes tournois, cette situation doit être agréable ?
C’est appréciable. On est contents d’être ensemble. Cela tisse encore plus des liens forts. L’ambiance est meilleure dans les tournois si on est plus de Belges que si on est tout seul. Pour l’organisation, cela facilite aussi certaines choses. Par exemple, j’avais programmé un entraînement à Pau avec Alexander.
Dans les Pyrénées, David Goffin a repris la compétition après plus de trois mois d’absence. Cela vous inspire quoi ?
C’est le plus grand joueur de tous les temps en Belgique. J’ai un immense respect pour lui. Et évidemment que je lui demande des conseils. Il me donne aussi son avis quand on s’entraîne ensemble. Ses conseils sont précieux. Et en plus, on a une bonne relation. Se rapprocher de sa carrière, cela va être compliqué.
« On représente la succession de David »
Quelle est l’image du tennis belge à l’étranger ?
N’oublions pas que David avait clairement mis la Belgique au plus haut niveau en étant top 10. Nous représentons un peu la succession avec de très bons jeunes avec du caractère. Et comme équipe, on fait peur car on peut tous sortir d’énormes matchs. On s’est fait connaître l’année dernière avec notre parcours en Coupe Davis et avec Alexander qui a performé aux Next Gen Finals.
guillement
J’espère être le meilleur Belge au ranking ATP en fin d’année. »
Qui sera le meilleur Belge au ranking ATP en novembre 2026 ?
J’ai envie de dire moi. On est tous très proches. C’est vrai qu’Alexander part d’un peu plus loin. C’est un joueur très fort. Il a gagné des grands tournois chez les juniors, il est vite monté au ranking ATP et est rentré dans le top 100. Sa qualité de frappe est extraordinaire. Un très bon physique, un service qui s’est amélioré. En trois-quatre mois, il a réalisé des progrès dans plusieurs compartiments de son jeu. Le service et le revers, qui étaient un petit peu ses points faibles avant. Maintenant, c’est un joueur complet.
Le joueur de Steve Darcis doit apprendre à mieux s’hydrater pour éviter les crampes. ©AFP or licensors
En parlant de joueur complet, contre Lorenzo Musetti à l’AO, vous avez joué comme un top 10 pendant presque deux sets ?
J’avais déjà pris conscience de mon potentiel, l’année passée, quand j’avais battu Alex de Minaur, par exemple. À Brisbane, cette saison, j’ai dominé Dimitrov et Shapovalov. J’ai de plus en plus de certitudes sur mon jeu. Après, ce qui me manque, c’est de garder l’intensité tout au long d’un match, que le physique tienne. Je suis capable d’embêter pas mal de joueurs. Le niveau top 10 sur un match, beaucoup de joueurs peuvent l’avoir. Ce qui est le plus dur, c’est de maintenir les performances semaine après semaine. C’est pour ça qu’ils sont dans le top 10. Ils ont ce niveau d’exigence toutes les semaines. Moi, c’est une chose que je n’arrive pas encore à faire.
guillement
Les crampes à Melbourne? Je n’ai pas suivi le plan…
En parlant de l’AO, avez-vous analysé le pourquoi de vos crampes ?
On avait déjà fait des tests. En réalité, je fais un peu tout trop vite sur le bord du terrain, je ne bois pas ce que je dois boire au bon moment. Je dois me montrer plus rigoureux, j’ai tendance à me précipiter, à boire un peu n’importe comment. Mes bouteilles sont préparées mais je ne regarde pas. Je m’hydrate sans suivre un ordre précis. Je dois aussi prendre du sel en avance, surtout moi, car je transpire beaucoup. Le plan existe, il faut le suivre.
Et que pensez-vous en voyant jouer Alcaraz et Sinner ?
Ce sont les deux mecs qui m’impressionnent le plus. Là, je me dis : ‘ça, c’est vraiment plus fort que moi’. Quand j’ai eu mon tirage à l’AO avec Musetti, un top 5, je n’étais pas effondré. Je me disais que je pouvais faire quelque chose parce que j’allais avoir le temps de jouer, d’installer mon jeu, de rentrer dans le combat physique. Sinner et Alcaraz, c’est vraiment un autre niveau. Ce serait bien de les affronter pour voir quel défi cela représente.
guillement
Maintenant, on me dit bonjour dans les vestiaires.
Ressentez-vous un regard différent sur vous dans les vestiaires ?
Avec mes résultats de la saison dernière, j’ai senti qu’on me connaissait un peu plus, on me respectait un peu plus. Avant, dans les vestiaires, j’avais l’impression de ne pas appartenir à ce monde, personne ne me disait bonjour. Maintenant ils viennent naturellement me serrer la main. Ils me connaissent et se méfient un peu plus de moi. Cela fait plaisir.
Et est-ce que cela se concrétise avec des entraînements avec des stars du circuit ?
Je devais m’entraîner avec Sinner à Roland-Garros, mais je me suis cassé le doigt. Je devais taper avec Djokovic à Adélaïde, mais il a déclaré forfait. Je me suis entraîné avec Zverev en Australie. Ces contacts, c’est surtout grâce à Steve qui connaît du monde.
Avec un peu de recul, qu’est-ce que le tennis vous a appris sur vous-même ?
C’est une école de vie formidable parce que depuis le plus jeune âge, tu apprends à être autonome. Tu as aussi un niveau d’exigence élevé. J’ai appris à repousser mes limites, je ne savais pas que je possédais un mental aussi fort. Le match contre de Minaur où je souffre de crampes, j’ai réussi à aller au bout de la douleur pour m’imposer. Ce que je vis comme joueur cela m’aidera dans le futur.
« Bon ou mauvais un footballeur touchera son salaire »
Et dans votre métier, qu’est-ce qui peut vous fâcher ?
L’incertitude du circuit parce que ton classement et tes revenus dépendent de ce que tu réalises sur le terrain. Tu n’es jamais tranquille, tu n’es pas comme un footballeur salarié. Quoi qu’il arrive, il va gagner un minimum. Dans le tennis, tu peux tout donner à l’entraînement, travailler du mieux que tu peux, tu n’es pas sûr d’avoir les résultats et c’est ça qui est hyper compliqué. Cette incertitude me fait parfois un petit peu râler.
guillement
Je dirais au Raphaël de 12 ans d’écouter un peu plus ses entraîneurs.
Et dans l’autre sens, qu’est-ce qui vous apaise ?
Je ne suis jamais satisfait. Mais quand je regarde ce que j’ai réalisé à 23 ans, c’est quand même incroyable d’être dans le top 100, de vivre de ma passion, c’est une chose pour laquelle je travaille depuis que je suis tout jeune. Quand je regarde à cela avec un peu de hauteur, je suis super fier de moi.
Qu’est-ce que vous diriez au petit Raphaël Collignon de 12-13 ans, si vous aviez une minute pour lui parler ?
Je lui dirais d’écouter un petit peu plus ce que les entraîneurs lui disent et ne pas se focaliser uniquement sur le résultat. Parce que ça va lui faire perdre du temps. Si j’avais été un peu moins têtu et plus à l’écoute, je serais peut-être plus fort. Comme beaucoup d’enfants, j’étais focalisé uniquement sur le résultat. En fait, il faut faire confiance à son entourage et développer son jeu pour l’avenir. C’est difficile de dire à un enfant qu’il doit apprendre à perdre des matchs parce qu’il va à la volée, parce qu’il frappe alors qu’il a un adversaire qui remet juste la balle. Mon jeu offensif, par exemple, aurait pu être aujourd’hui meilleur si j’avais écouté plus tôt.
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