Il n’y a aucune raison d’aller voir ce film avec l’idée de prendre au sérieux ne serait-ce que le début de son intrigue policière, où un fonctionnaire de police maladivement maladroit se voit confier une mission d’infiltration ultrasensible. Quiproquo : il ne sait pas qu’il va devoir se travestir en femme pour gagner et endormir la confiance d’un redoutable gang de guerrières dirigé par un “Tonton” flingueur, un narcotrafiquant très très méchant. Il a la carrure du rappeur Kaaris, qui ne donne pas envie de rire, mais a l’air de bien s’amuser avec son personnage stéréotype qu’il compose sans se départir d’un aplomb de dur violent qui ne lâche jamais l’affaire. « On est dans un fou rire permanent avec Ahmed Sylla. En plus, je ne dois jamais rire. C’est là où ça devient compliqué avec un mec comme Ahmed », décrit Kaaris.
L’infiltré déguisé en meuf sympatoche, c’est lui, Ahmed Sylla, envoyé au casse-pipe par sa supérieure. Rien n’est à sauver dans le personnage de Michèle Laroque, caricaturale en chef flic nullissime qui dirige l’enquête de loin, et avec un flair en dessous de zéro. Elle n’est jamais drôle, comme si la comédienne n’était pas raccord avec ce commissaire de superwoman insupportable.
Composition incroyable
Ce qui sauve L’Infiltrée du ratage, c’est la composition incroyable de l’allumé Ahmed Sylla, et après tout, il faut bien avouer que c’est pour lui et son personnage perché qu’on est allé voir cette comédie policière au scénario pour les nuls, écrit par Daive Cohen. Pour le transformisme hallucinant de l’acteur humoriste, qu’il prend à bras-le-corps. Pour son sens du gag azimuté et du comique de situation, qu’il traite avec un sens éprouvé du bon timing. Pour son goût de l’absurde et de l’idiotie, qu’il ne traite pas par-dessous la jambe.
« Je me grime et j’arrive à interpréter des personnages féminins depuis très longtemps. Ça fait partie de moi. Et ça faisait un moment déjà qu’on me sollicitait pour me demander si tourner un film déguisé en femme pourrait fonctionner. » Oui, ça fonctionne, et Ahmed Sylla est irrésistible en folle malgré lui dans une mission casse-cou impossible. Il y a même du panache dans l’abattage de Maxime/Lupita.
L’infiltrée d’Ahmed Sylla, en salles ce mercredi 11 février. Durée : 1h35.