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Depuis 70 ans, le nombre de jeunes filles qui ont une puberté précoce a presque doublé, avec des premières menstruations désormais entre 12 et 13 ans. Un phénomène mondial, lié à divers facteurs comme l’obésité et la pollution, qui pourrait avoir de graves conséquences autant sur leur santé physique que mentale.
C’est un changement qui touche les jeunes filles du monde entier. Alors que l’âge des premières menstruations se situait autrefois autour de 15 ans, il est aujourd’hui estimé entre 12 et 13 ans en moyenne, selon l’Ined. Au niveau mondial, le nombre de jeunes filles ayant leurs premières règles avant 11 ans a presque doublé, atteignant désormais 16 %.
Cette précocité n’a rien d’anecdotique : elle aurait des conséquences durables sur la santé. Selon les recherches, les personnes réglées précocement présentent un risque accru de diabète, d’obésité, de maladies cardiovasculaires et de cancer du sein.
« Plus de questions que de réponses »
Selon les experts, ce développement précoce peut provenir de plusieurs facteurs. D’une part, le taux d’obésité infantile augmente depuis les 1970 et certaines études ont établi un lien entre l’obésité et la puberté précoce chez les filles. On sait désormais que la graisse corporelle agit comme un organe endocrinien, sécrétant diverses hormones qui peuvent affecter l’appétit et la satiété, avec un impact sur l’axe gonadotrope (ensemble de structures physiologiques intervenant dans la régulation de la reproduction), et donc sur le début de la puberté.
« C’est un phénomène bien documenté et mondial », déclare au National Geographic Lisa Swartz Topor, professeure agrégée de pédiatrie à l’école de médecine Warren Alpert de l’université de Brown et à l’hôpital pour enfants Hasbro de Providence, dans le Rhode Island. En ce qui concerne les raisons de ce phénomène, à ce stade, « il y a plus de questions que de réponses », explique-t-elle.
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Des facteurs alimentaire et sociologique
La qualité de l’alimentation peut également jouer un rôle clés dans cette puberté précoce. Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont soumis 7 530 jeunes filles prépubères, âgées de 9 à 14 ans, à des questionnaires relatifs à leur fréquence de consommation de 132 types d’aliments et de boissons. Ils ont constaté que le fait de consommer beaucoup d’en-cas, de desserts, d’aliments frits et de boissons gazeuses était associé à une puberté précoce chez les filles.
Un autre facteur sociologique peut entraîner ce phénomène : le stress, lié à des difficultés socio-économiques familiales ou à des formes de maltraitance. Une étude publiée en 2023 par la revue Psychoneurodocrinolgy a établi un lien entre des niveaux de stress élevés dans la petite enfance et un risque plus important de puberté précoce.
Certaines recherches ont même suggéré que les facteurs de stress pendant la période du COVID-19, notamment l’augmentation du temps passé devant un écran, l’isolement social, l’inactivité physique, l’accès réduit à une alimentation saine et d’autres facteurs, pourraient être associés à une augmentation récente de la puberté précoce chez les jeunes filles.
Des produits de consommation et la pollution comme facteurs
Par ailleurs, de plus en plus de recherches convergent, assurant que les perturbateurs endocriniens présents dans les produits de consommation courants pourraient contribuer à ces changements.
Par exemple, une étude publiée par BMC Medicine a révélé que la puberté précoce chez les filles pourrait être due en partie à l’exposition aux composés fluorés, présents dans de nombreux produits de la vie courante, notamment les produits antitaches, les peintures, les cires, les encaustiques, les appareils électroniques, les emballages alimentaires et bien d’autres encore.
Par ailleurs, une étude publiée dans en 2023 par la revue Environmental Health Perspectives a conclu que les filles plus exposées à la pollution atmosphérique, pendant la grossesse et l’enfance, ont tendance à avoir leurs règles plus tôt que celles qui y sont peu exposées.
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Des répercussions physiques et émotionnelles
À long terme, ces changements dans le développement menstruel peuvent avoir des répercussions aussi bien physiques que mentales. La puberté précoce est associée à un risque plus élevé de développer un cancer du sein, ainsi qu’à un risque plus élevé d’obésité à l’âge adulte. Elle est également associée à un risque accru d’hypertension artérielle, de diabète de type 2, du syndrome métabolique, d’anomalies du cholestérol et de maladies cardiovasculaires.
L’étude d’Environmental Health Perspectives a également montré que la puberté précoce est une transition psychologique plus difficile. « Les enfants qui mûrissent tôt n’ont pas la possibilité de développer toutes les ressources sociales et émotionnelles qui les aident à faire la transition ».
La recherche démontre que les jeunes filles qui subissent une puberté précoce présentent des niveaux élevés de dépression, de stress et d’anxiété, elles ont aussi une moins bonne image de leur corps et plus de difficultés à réguler leurs émotions.