L’Agence régionale de santé Île-de-France (ARS IDF) entend renforcer son action en faveur de la santé des soignants en agissant sur les déterminants collectifs du bien-être au travail, en accompagnant les structures et en soutenant les professionnels de santé en difficulté.

Une stratégie collective déjà engagée

En Île-de-France, l’Agence régionale de santé déploie cette stratégie en s’appuyant sur un réseau de partenaires comme la CRAMIF, l’ARACT ou l’Institut SPS (anciennement Association SPS). «Notre positionnement : en priorité, accompagner les initiatives des employeurs en faveur de la santé de leurs salariés tout en proposant des ressources aux professionnels en souffrance», explique Laure Wallon, directrice du pôle RH en santé, dans une publication récente.

Cette orientation se traduit concrètement par un appel à projets dédié à la santé mentale des soignants dans les établissements de santé. Cinquante-trois dossiers ont été déposés, donnant lieu à des financements pour des formations, des ateliers sport-santé, des dispositifs de débriefing psychologique ou des actions de sensibilisation en lien notamment avec le sommeil, la nutrition, ou encore les addictions.

Dans le secteur médico-social, l’ARS veut également agir sur la pénibilité physique, avec des financements dédiés à la réduction des ports de charge et un accompagnement des transformations du secteur afin qu’elles ne deviennent pas de nouvelles sources de stress. À l’horizon 2026, les priorités affichées portent sur la prévention, l’accès aux soins pour les soignants et la professionnalisation des managers de proximité, ainsi que sur la prévention des violences faites aux médecins.

Un rapport de référence

Les actions engagées par l’ARS s’inscrivent dans un contexte désormais mieux documenté. En effet, en octobre 2023, un rapport sur la santé des professionnels de santé a été remis au ministère de la Santé. Il est le fruit d’un travail conduit par le Dr Philippe Denormandie, chirurgien neuro-orthopédiste et conseiller santé au sein du groupe MNH, Alexis Bataille-Hembert, infirmier et Marine Crest-Guilluy, médecin généraliste. 

À l’origine de ce document, une enquête d’ampleur inédite, diffusée par questionnaire auprès de l’ensemble des professionnels libéraux et salariés, en ville comme à l’hôpital et dans le secteur médico-social.

Ce qui coûte cher, ce n’est pas la prévention, c’est la mauvaise santé.

Prévenir plutôt que réparer

Au-delà de l’impact humain, le coût réel de la mauvaise santé des professionnels ne se limite pas à l’absentéisme, mais inclut également le présentéisme, lorsque des soignants continuent à travailler malgré une santé dégradée. «En additionnant les deux, on constate que la mauvaise santé coûte extrêmement cher», affirme le Dr Denormandie lors d’une interview donnée à l’ARS IDF. À l’inverse, les actions de prévention peuvent générer un retour sur investissement rapide. «Ce qui coûte cher, ce n’est pas la prévention, c’est la mauvaise santé.»

Les chiffres clés du rapport :

  • 64 % des professionnels se déclarent fatigués
  • 79 % rencontrent des troubles de la concentration
  • 60 % souffrent de douleurs chroniques
  • Plus d’un professionnel sur deux a déjà connu un épisode d’épuisement professionnel

Enquête nationale, rapport sur la santé des professionnels de santé, 2023

Parmi les leviers identifiés figurent d’abord la reconnaissance du problème et la création d’espaces de discussion au sein des équipes, permettant aux professionnels d’exprimer leurs difficultés. La médecine du travail constitue également un axe central, avec un recentrage attendu sur la prévention et un rôle renforcé pour les infirmières de santé au travail.

Certaines actions très concrètes, comme la prévention des troubles musculosquelettiques ou des mesures aussi simples que l’hydratation, peuvent produire des effets significatifs sans investissements lourds.

Source : ARS IDF