Dans la banlieue de Cambridge, non loin de Londres, des archéologues ont découvert une fosse commune intrigante. Elle daterait de l’ère viking, au temps de leurs violentes guerres contre les Saxons. Une des choses ayant le plus attiré l’attention des chercheurs est le squelette d’un homme anormalement grand pour l’époque, qui aurait subi qui plus est une opération au cerveau.

L’équipe responsable de cette découverte l’été dernier réalisait des fouilles d’entraînement avec des étudiants dans le Wandlebury Country Park. La zone est connue pour son fort, utilisé dès le IIᵉ siècle. C’est précisément devant ce vestige qu’ils ont mis au jour cette tombe, particulièrement riche en enseignements, explique un article de Live Science.

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Quatre corps complets ont été retrouvés, ainsi que plusieurs crânes et un amas de jambes appartenant tous à de jeunes hommes âgés de 17 à 24 ans. Le nombre de membres retrouvés laisse penser qu’ils ont été attachés et qu’ils ont subi d’extrêmes violences, analyse Oscar Aldred, archéologue à l’Université de Cambridge. «Il se peut que certains membres désarticulés aient été exposés comme trophées, puis rassemblés et enterrés avec les personnes exécutées ou autrement abattues, ajoute-t-il. Ces membres étaient peut-être en état de décomposition avancée et se désagrégeaient littéralement lorsqu’ils ont été jetés dans la fosse

À cette époque, toute la zone autour de Cambridge était connue pour constituer une «frontière» entre les territoires vikings et saxons, et donc un lieu de tension permanente. Les ossements ayant été datés de cette période, l’hypothèse principale fait de ces corps des protagonistes de ce conflit. L’absence de blessures indique qu’ils n’ont cependant probablement pas été tués au cours d’une bataille, même s’ils ont subi des châtiments physiques violents.

«Ce fut une expérience bouleversante de découvrir des os toujours plus désarticulés et de réaliser l’ampleur des souffrances endurées», témoigne Grace Grandfield, une étudiante présente lors des fouilles.

Un géant à la tête trouée

Un cadavre particulier sort du lot. L’homme mesurait 1,95 m alors que la taille moyenne d’un homme de l’époque avoisinait 1,68 m. Il présentait par ailleurs un trou de 3 cm dans le crâne, signe d’une possible chirurgie. «Il est possible que la personne ait eu une tumeur ayant affecté son hypophyse et provoqué un excès d’hormones de croissance», explique Trish Biers, ostéologue à l’Université de Cambridge.

Cette condition a un nom, le gigantisme hypophysaire, un trouble correspondant à un excès d’hormone de croissance durant l’adolescence, produisant un individu bien plus grand et massif que la moyenne. Cette affection est souvent causée par une tumeur bénigne appelée adénome. Son cerveau aurait ainsi fini par se trouver à l’étroit dans sa boîte crânienne et l’homme aurait été opéré.

«Une telle lésion cérébrale aurait entraîné une augmentation de la pression intracrânienne, provoquant des maux de tête», précise Biers. Pour le soulager, on aurait pu pratiquer un trou dans le crâne, une trépanation «fréquente en cas de traumatisme crânien, même de nos jours».

Cela fait des années que le département d’archéologie de l’Université de Cambridge mène ses fouilles d’entraînement à Wandlebury, les seuls autres restes humains déterrés l’avaient été en 1975. Des analyses vont être menées sur les dix squelettes, l’étude de leur ADN pouvant en dire beaucoup sur la santé et les origines de ces individus.