Dix-sept ans après « LOL », Lisa Azuelos poursuit son exploration de la jeunesse avec la suite de sa comédie devenue culte, centrée sur la Gen Z, entre clichés et portrait touchant d’une jeunesse hyper-connectée.
Mèches sur le côté, conversation sur MSN, Somewhere Only We Know dans les oreilles… En 2009, une génération d’adolescents découvrait LOL, chronique tendre et sans filtre d’une bande de lycéens parisiens ultra-cools, signée Lisa Azuelos.
Dix-sept ans plus tard, ce teen-movie qui racontait le quotidien de Lola (Christa Theret), adolescente issue des quartiers huppés de Paris tiraillée entre sa rupture avec Arthur (Felix Moati), son crush secret pour son meilleur ami Maël (Jérémy Kapone) et sa relation conflictuelle avec sa mère Anne (Sophie Marceau) n’a rien perdu de son côté culte.
Comme a pu l’être La Boum dans les années 1980, cette comédie sur les affres de l’adolescence s’est imposée avec le temps comme une véritable madeleine de Proust pour la génération Y. Avec ses répliques cultes, sa bande-son emblématique (Little Sisters, Somewhere Only We Know…) et ses personnages attachants, ce premier volet a figé à l’écran une époque bien précise – celle des premiers réseaux sociaux, des SMS en langage T9, des amitiés fusionnelles et des premières amours.
Une photographie d’une génération dans laquelle plus de 3,6 millions de spectateurs se sont reconnus, même au-delà de l’Hexagone: en 2012, LOL a eu le droit un remake américain, co-réalisé par Lisa Azuelos, porté parle duo mère/fille Demi Moore et Miley Cyrus.
Face à un tel héritage, réaliser une suite relevait du défi. LOL 2.0 débarque pourtant, ce mercredi 11 février dans les salles avec une mission périlleuse: livrer un portrait de la nouvelle génération d’adolescents, – la Gen-Z – aussi authentique que celui des millenials dans le premier volet.
« Au début, je voulais même pas le faire tellement j’avais peur de me planter », confie Lisa Azuelos au micro de BFMTV.
« J’ai été encouragée par Jérémy Kapone, par ma fille (ndlr Thaïs Alessandrin), par plein de fans qui me demandaient la suite et qui avaient envie de retourner dans cette famille. Donc je me suis dit que j’allais remettre mon regard au centre d’une histoire commune, simple, comme je l’avais fait pour ‘LOL' ».
Même recette, nouvelle génération
On retrouve dans LOL 2.0 tout ce qui avait fait le succès du premier volet: les questionnements d’une jeune adulte perdue, une relation mère-fille complexe, la complicité d’un groupe d’amis inséparables et une histoire d’amour contrariée.
Après une rupture difficile et une désillusion professionnelle, Louise, sœur de Lola – l’héroïne du premier volet partie s’installer à l’étranger – revient vivre chez sa mère Anne, toujours incarnée par Sophie Marceau. Mais à 25 ans, la jeune femme campée par Thaïs Alessandrin est en pleine dérive existentielle, coincée entre la pression sociale de la réussite et l’angoisse d’un avenir incertain. Un personnage pensé comme le reflet d’une génération en quête de repères.
Quelques clins d’œil à LOL viennent faire le pont entre cette suite et le premier film. Comme Maël, ancien amour de Lola incarné par Jérémy Kapone, présent dans une scène tournée au lycée où se déroule le premier volet, pour interpréter son nouveau titre Ever The Same, morceau phare de la bande originale.
Si LOL 2.0 flirte avec le sentiment de déjà-vu niveau scénario, Lisa Azuelos balaie l’accusation de recyclage nostalgique. Son ambition avec cette suite: offrir une relecture actualisée de son film culte, ancrée dans l’univers de la Gen Z. Pour ce faire, la réalisatrice s’est entourée de sa fille Thaïs Alessandrin, qui co-signe le scénario en plus d’incarner Louise à l’écran. Une collaboration qui a permis à la réalisatrice d’avoir « le point de vue d’une vraie jeune ».
« Je peux avoir des expressions que je pense jeune, mais elle va me dire: ‘mais maman, plus personne dit ça, t’es complètement ringarde' », confie la cinéaste. « Elle m’a aussi raconté sa vie et avait envie de parler d’un certain état d’être ».
« Ça a duré près de deux ans. On a vraiment écrit le scénario à deux, ça a été un rapport de ping-pong et d’idées », abonde Thaïs Alessandrin auprès de BFMTV.
Une photographie de la gen z
Là où le LOL de 2009 reflétait un entre-soi bourgeois, hétérosexuel et peu diversifié, LOL 2.0 affiche une volonté clairement plus inclusive. Pensée comme une photographie de la génération Z, cette suite aborde frontalement de nombreuses thématiques contemporaines – la santé mentale, le sexisme, le racisme, le handicap, le rapport au corps, l’âgisme ou encore l’omniprésence des réseaux sociaux – avec la volonté assumée de coller aux préoccupations actuelles.
« On avait besoin d’incorporer les réseaux sociaux, parce qu’en vrai, c’est impossible de parler de cette génération sans en parler », explique Thaïs Alessandrin. « Souvent on caricature le sujet en l’apparentant qu’aux jeunes alors qu’en vrai on y est tous soumis quel que soit l’âge ».
Une intention louable, mais qui montre parfois ses limites. À vouloir trop en dire, LOL 2.0 bascule parfois dans le catalogue de clichés générationnels: addiction à TikTok, fragilité psychologique, peur de l’effort et de l’engagement, sentiment d’appartenir à une génération sacrifiée sans horizon… Autant de raccourcis qui peinent à égaler la justesse et la sincérité avec lesquelles le premier film dépeignait l’adolescence.
Mais, cette suite retrouve sa justesse lorsqu’elle se concentre sur les relations. Les liens familiaux, d’abord, avec une Anne qui apprend qu’elle va être grand-mère. Les dynamiques professionnelles, ensuite, lorsque la mère de famille doit collaborer avec une stagiaire bien plus jeune qu’elle, faisant affleurer les tensions entre générations. Et surtout l’amitié et l’amour, toujours filmés comme des bulles d’oxygène dans le chaos du quotidien, fidèles à l’ADN de Lisa Azuelos.
« L’idée c’était aussi de montrer comment ces jeunes vivent leurs amitiés dans le moment présent avec des choses hyper fortes et comment on arrive à faire exister notre humain intérieur dans un monde déshumanisé », note Thaïs Alessandrin.
Reste désormais à savoir si LOL 2.0 parviendra à toucher le cœur de la nouvelle génération comme l’avait fait le premier volet avant lui. Lisa Azuelos, elle, préfère laisser le public décider: « mon envie c’est vraiment de réunir. Après, qui va se réunir, ce n’est pas vraiment à moi de le décider ». « J’essaye d’être un phare et puis si des bateaux veulent venir au port, c’est-à-dire si des gens veulent venir voir le film au cinéma, eh bien bienvenue », conclut-elle.