Par

Julie Bossart

Publié le

11 févr. 2026 à 16h57

Elle n’avait pas besoin d’étoile pour rayonner dans le milieu de la gastronomie. Seuls suffisaient son tempérament et son savoir-faire. Marie-Anne Cantin s’en est allée dans sa 75e année, mardi 10 février 2026, des suites d’un AVC alors qu’elle travaillait dans son illustre fromagerie de la rue Champ-de-Mars, dans le 7e arrondissement de Paris. Et depuis l’annonce de son décès par ses proches, qui soulignent sobrement comment « sa bienveillance et son sourire demeureront à jamais gravés dans [leurs] cœurs », les hommages affluent de toutes parts.

« Du cœur et de la gouaille »

Ancien chef triplement étoilé du Bristol et Meilleur Ouvrier de France, Éric Fréchon remercie ainsi « une grande dame comme il y en a peu », avec laquelle il a partagé « trente années de collaboration, de fidélité mais, surtout, d’amitié ». Son « cœur et sa gouaille ne laissaient personne indifférent », souligne le chef, qui se souvient quelle « débarquait en cuisine au Bristol quand [il n’était] pas content, on criait un bon coup et on se serrait dans les bras. »

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Saisi par la nouvelle alors qu’il se trouve à Saïgon, au Vietnam, Gilles Pudlowski revoit « encore [s]on sourire ravageur, [s]es piques et [s]on mordant », et confirme que cette femme à « la carapace de râleuse au long cours » avait l’amour de la bonne cuisine, et de son élément roi, le fromage, qu’elle « défendait avec la foi du charbonnier ». Le critique gastronomique ne l’avait pas surnommée la « Jeanne d’Arc du bon fromage » sans raison.

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« Tombée dans le pot à lait toute petite »

Si elle n’avait pas été fromagère, Marie-Cantin serait devenue coiffeuse, expliquait-elle dans une récente vidéo diffusée sur le compte Instagram de son commerce. Mais ses parents en ont décidé autrement, et puis, elle était « tombée dans le pot à lait toute petite ». Son père, Christian, fromager affineur de renom, fonda en effet en 1950 la maison Cantin, que Marie-Anne reprendra à l’âge de 25 ans à peine. Elle deviendra à son tour spécialiste de l’affinage, qu’elle réalisait dans ses caves.

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Défenseure des fromages au lait cru, très menacés à la fin des années 1980, et prônant la protection des races animales et leur alimentation, elle créera en 1988 l’Association pour le respect des traditions fromagères françaises, avec le soutien de François Mitterrand, qui était un client fidèle, rapporte Le Figaro. Elle était aussi membre de la confrérie du Taste Fromage et Maître Honoris Caseus de la Guilde des Fromagers, fondée par son père. Elle était aussi l’autrice du Guide de l’amateur de fromage (2013, Albin Michel), et avait noué quelques années plutôt un partenariat avec Monoprix autour de plusieurs produits, façon, pour elle, de toucher un public plus large, rappelle pour sa part Le Point.

« Elle parlait du fromage comme d’une œuvre d’art, avec respect pour le terroir, les producteurs et les traditions, abonde Véronique Langlais, présidente du Syndicat des bouchers de Paris. Grâce à elle, tant de palais se sont éveillés, tant de métiers se sont élevés, tant de vocations sont nées. »

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Considérée comme une référence et une source d’inspiration, Marie-Anne Cantin avait su ravir le cœur et les palais de sa clientèle de quartier, mais aussi étrangère. Dont un certain Harlan Coben, qui ne se privait jamais d’un détour par la fromagerie lors de ses passages à Paris.

Une bénédiction se tiendra vendredi 13 février à 15 heures à l’église Saint-François-Xavier, Esplanade Jacques-Chaban-Delmas (7e), indiquent son mari, Antoine Dias, et leur fille, Audrey.

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