Violente passe d’armes entre Francesca Albanese, porte-voix des Palestiniens à l’ONU et des élus français

BARIS SECKIN / Anadolu via AFP

Violente passe d’armes entre Francesca Albanese, porte-voix des Palestiniens à l’ONU et des élus français

La députée Renaissance Constance Le Grip et ses collègues ont « voulu agir vite, rapidement. » Peut-être un peu trop ? Dans une missive officielle publiée mardi 10 février, une quarantaine d’élus macronistes demandent au chef de la Diplomatie française d’œuvrer à la démission de Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations Unies pour les territoires palestiniens, sur la base d’une phrase… Qu’elle n’a pas prononcé.

« Le 7 février dernier, lors d’un forum organisé par Al-Jazira à Doha (…) elle a désigné Israël comme ennemi commun de l’humanité », dénoncent ainsi ces personnalités, dont les députés Caroline Yadan (première signataire), Olivia Grégoire, Sylvain Maillard ou l’ancienne Première ministre Élisabeth Borne. Leur demande a été satisfaite par Jean-Noël Barrot ce mercredi, lequel a annoncé à l’Assemblée nationale réclamer au nom de la France le départ de la juriste italienne.

« La France condamne sans aucune réserve les propos outranciers et coupables de madame Francesca Albanese qui visent, non pas le gouvernement israélien dont il est permis de critiquer la politique, mais Israël en tant que peuple et en tant que nation, ce qui est absolument inacceptable », a ainsi déclaré le ministre des Affaires étrangères, reprenant les accusations des députés à l’origine de la polémique. Problème : Francesca Albanese n’a pas prononcé la phrase qui lui est prêtée, lors de ce discours.

Prise pour cible par plusieurs élus ces derniers jours, avant leur courrier et la décision du quai d’Orsay, la porte-voix des Palestiniens à l’ONU, l’une des diplomates les plus critiques à l’égard d’Israël, a publié sa prise de parole en intégralité. Voici ci-dessous ce qu’elle déclare précisément dans le passage cité (et tronqués en de cours extraits sur les réseaux sociaux).

La mise au point d’Albanese

« Le fait qu’au lieu d’arrêter Israël, la plupart des pays du monde l’ont armé, lui fournissant des excuses politiques, un appui politique, un soutien financier et économique, c’est un défi. Le fait que la plupart des médias dans le monde occidental amplifient le discours pro-apartheid, le narratif génocidaire, c’est un défi. Et en même temps c’est aussi une opportunité. Car si le droit international a été poignardé en plein cœur, il est également vrai que jamais auparavant la communauté internationale n’a connu les défis auxquels nous sommes tous confrontés, nous qui ne contrôlons pas d’importants capitaux financiers, ni d’algorithme, ni d’armes. Nous voyons maintenant que l’humanité a un ennemi commun, et que le respect des libertés fondamentales est la dernière voie pacifique, le dernier outil pacifique dont nous disposons pour recouvrer notre liberté. »

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Pour accompagner cette vidéo, Francesca Albanese livre une explication de texte à l’égard de ses détracteurs, notamment en France et en Israël : « l’ennemi commun de l’humanité est LE SYSTÈME qui a permis le génocide en Palestine, y compris le capital financier qui le finance, les algorithmes qui le dissimulent et les armes qui le rendent possible. » Pas de quoi clore la controverse.

Les signataires ont publié leur courrier à l’adresse de Jean-Noël Barrot mardi soir, le lendemain de cette mise au point. De quoi déclencher les messages courroucés de la principale concernée. Après avoir accusé de « menteurs » ces élus, Caroline Yadan notamment (députée des Français de l’étranger, et dont la circonscription couvre Israël), Francesca Albanese a déploré l’absence d’excuses ou de rétropédalage.

« Les parlementaires méritent un grand respect, car ils tiennent leur mandat du peuple. Indépendamment de vos attaques personnelles et du mépris affiché envers moi, je vous invite, Madame Yadan, à produire une seule citation où j’aurais qualifié Israël “d’ennemi de l’humanité” », a-t-elle également répondu sur les réseaux sociaux.

C’est loin d’être la première fois que la rapporteuse de l’ONU est ciblée pour ses discours offensifs sur la situation en Palestine. Les États-Unis l’ont notamment sanctionné l’été dernier (comme plusieurs juges internationaux qui enquêtent sur Israël, dont un Français), l’empêchant par exemple de se rendre au siège de l’organisation mondiale, à New York. Désormais, la France se joint au mouvement.