L’école française du rap, depuis plus de trente ans, a marqué le genre en se démarquant souvent du modèle né aux États-Unis. De NTM à Vald, sélection des titres emblématiques.
Suprême NTM – Le monde de demain (1991)
C’est peut-être la chanson qui a lancé le rap en France. Au début des années 1990, le groupe Suprême NTM et ses leaders JoeyStarr et Kool Shen publie le disque Authentik dans lequel figure Le monde de demain. « Pur produit de cette infamie appelée la banlieue de Paris/Depuis tout jeune je gravite avec le but unique/D’imposer ma présence, trop paresseux pour travailler/Trop fier pour faire la charité, oui je préfère la facilité », scandent les rappeurs qui racontent dans un discours engagé « le malaise des banlieues » de la capitale. Aujourd’hui encore, l’œuvre de NTM continue de résonner. Une série Netflix, retraçant les destins du groupe et la naissance du hip-hop en France, porte le nom de la chanson.
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MC Solaar – Caroline (1991)
Alors qu’à New York, le rap conte la violence des ghettos, en France, nos rappeurs prennent un virage artistique. Au début des années 1990, MC Solaar, un des poètes du genre, parle d’amour dans son album Qui sème le vent récolte le tempo. Il évoque la fin de sa relation avec une femme dans le morceau Caroline, son plus grand succès commercial. « Je suis l’as de trèfle qui pique ton cœur », la phrase du refrain, est devenue culte.
IAM – Je danse le mia (1993)
À Marseille, dans les années 1990, tout le monde « danse le mia ». À ce jour, la chanson du groupe IAM est un incontournable du rap pour de nombreuses générations. Elle est considérée comme un des premiers grands succès du genre en France et échappe aux codes du hip-hop classique. La thématique autour des boîtes de nuit est populaire. Les sonorités sont festives. C’est aussi une revanche sur la capitale, première terre du rap dans l’hexagone. À Marseille, il y a beaucoup de talent.
Diam’s – La Boulette (2006)
Diam’s est une des rares rappeuses à avoir rencontré un large succès en France. En 2006, elle sort le titre La Boulette. Un tube. « Alors ouais, on déconne, ouais ouais, on étonne/Nan nan, c’est pas l’école qui nous a dicté nos codes, nan nan/Génération nan nan », le refrain est connu de tous les aficionados du genre, mais pas seulement. La chanson traverse désormais les générations. Les plus jeunes la jouent lors d’anniversaires ou en boîte de nuit. Preuve que la nostalgie peut aussi toucher le rap.
Booba – Pitbull (2010)
Comment ne pas mettre le Duc de Boulogne dans un classement des dix titres les plus cultes du rap français. Booba a marqué le genre de son empreinte. Une dizaine d’années après ses premiers succès, le rappeur partage Pitbull, un morceau phare de son catalogue. Il y raconte son enfance, son adolescence et ses peines sur un sample de Mistral gagnant de Renaud, une de ses principales influences.
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Sexion d’Assaut – Wati by Night (2010)
« Le soir s’approche, ça s’tape des barres/Ça fume des sbars comme si c’était légal ». Ces paroles ont fait danser les jeunes au début des années 2010 dans les boîtes de nuit. Le collectif Sexion d’Assaut, avec ses stars Maître Gims, Black M ou encore Lefa, a bousculé les codes du rap traditionnel, apportant des sonorités nouvelles et des textes plus accessibles pour le grand public. « Beaucoup d’auditeurs qui n’étaient pas férus de rap l’ont découvert grâce à eux, parce que les thématiques et les mélodies leur parlaient », note Mehdi Guelbi, manager de plusieurs stars de rap.
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SCH – Otto (2018)
Dans Otto, titre le plus réussi de son album JVLIVS, Julien Schwarzer à la ville fait parler sa plume. L’artiste marseillais livre un texte très sombre et mélancolique. Un hommage à son père Rodolph décédé un an plus tôt. « Le sun s’est levé, je n’dormais pas/Ces pierres précieuses en témoignent/Le ciel s’éclaire avec ou sans toi », écrit-il dans un refrain chanté, auquel s’ajoutent deux longs couplets rappés avec une technique qui lui est propre et son fidèle accent marseillais. Un chef-d’œuvre du genre, tant dans la technique que dans la thématique.
Vald – Journal Perso II (2019)
Alors qu’il navigue aujourd’hui entre la musique électronique et la pop, Vald est avant tout un rappeur très talentueux. Dans son disque Ce monde est cruel paru en 2019, l’artiste originaire d’Aulnay-sous-Bois raconte au-dessus des notes de piano de Sofiane Pamart son quotidien de rappeur, les difficultés de la vie, la situation politique et géopolitique. Un exutoire de plus de quatre minutes avec ton amer et engagé. Un incontournable.
Le rappeur Vald conquiert Paris La Défense Arena et sort un nouvel album
13’Organisé – Bande Organisée (2020)
C’est devenu un hymne. Celui de Marseille, mais aussi celui du rap moderne. À l’été 2020, SCH, Kofs, Jul, Naps, Soso Maness, Elams, Solda et Houari, les rappeurs du collectif 13’Organisé, publient un morceau de six minutes avec de nombreuses références à la cité phocéenne. Vu près de 600 millions de fois sur YouTube, le clip a connu un succès retentissant en France et à travers le monde. Il a aussi contribué à rendre populaires les expressions « oui mon gâté », « c’est pas la capitale, c’est Marseille BB », « zumba cafew ». Une musique entraînante, populaire et festive.
Orelsan – L’odeur de l’essence (2021)
L’odeur de l’essence était le premier extrait à paraître du disque Civilisation, écoulé à plus de 750 000 exemplaires en 2021. Dans cette chanson, Orelsan rend compte de la société. Le rappeur caennais critique notamment les politiques d’extrême gauche et d’extrême droite : « La haine fait basculer dans les extrêmes, allumer l’incendie, tout enflammer. » Le texte prend une tout autre dimension avec le clip dans lequel l’artiste se met en scène au milieu de flammes et de nuages de fumées.
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