Par
Anaelle Montagne
Publié le
11 févr. 2026 à 19h03
Le nouvel avocat de Cédric Jubillar, qui le défendra lors de son procès en appel pour le meurtre de sa femme Delphine, disparue en décembre 2020, déploie peu à peu sa stratégie. Le premier point, le plus capital pour l’heure selon lui, c’est de faire sortir le père de famille Tarnais de l’isolement. Me Pierre Debuisson dénonce des conditions de détention « anormales et indignes », qui empêchent Cédric Jubillar « d’accéder à un procès équitable ». Et il a bien l’intention de se faire entendre, en faisant pression sur les décisionnaires. L’administration pénitentiaire de la prison de Toulouse-Seysses – où le détenu condamné à 30 ans de réclusion en première instance est incarcéré depuis plus de quatre ans – campe quant à elle sur ses positions : il n’y a pas d’autre moyen que l’isolement pour garantir sa sécurité. Actu Toulouse a rencontré Me Debuisson pour tout comprendre de ses revendications.
« Faire sortir cet homme de l’isolement »
À quelques dizaines de mètres du Capitole, dans son bureau aux murs couverts de moulures, l’avocat de 39 ans réajuste régulièrement sa cravate.
On est début février 2026, il vient de reprendre le dossier, et quelques semaines à peine après sa première rencontre avec Cédric Jubillar, il a une idée claire : « Il faut faire sortir cet homme de l’isolement. »
« Torture moderne »
Selon Me Debuisson, le Tarnais a été soumis à « une forme de torture moderne » en étant placé à l’isolement depuis le début de sa détention, le 18 juin 2021. Il détaille à Actu Toulouse : « On a laissé, 4 ans et demi, cet homme exposé en permanence à une lumière artificielle. Il n’a pas vu l’obscurité. On a mis dans des cellules à côté de lui des dingues qui hurlent matin midi et soir… »
En plus de cet « isolement total, intellectuel, cognitif, social et psychologique », Me Debuisson dénonce, (sur RTL cette fois) « des fouilles à nu trois fois par semaine » et l’écoute, par un surveillant, de sa conversation avec Cédric Jubillar dans box fermé. Des faits que nie catégoriquement l’administration pénitentiaire.
« Aucun dispositif particulier d’éclairage dévolu à monsieur Jubillar »
« La gestion au quartier d’isolement, comme dans le reste de l’établissement impose des procédures visant à garantir la surveillance et la sécurité des personnes détenues », écrit l’administration pénitentiaire dans un communiqué. « S’agissant de l’éclairage qui l’empêcherait de dormir, une veilleuse est utilisée lors de rondes de sécurité par les agents, selon un usage classique et dans le respect des pratiques habituelles. Il n’y a donc aucun dispositif particulier d’éclairage dévolu à Monsieur Jubillar. »
Quant aux prétendues fouilles intégrales, « Monsieur Jubillar est soumis à un régime de fouille ordinaire, comme toute personne détenue ». De même, « l’administration pénitentiaire garantit la confidentialité des échanges entre les personnes détenues et leur avocat », indique-t-elle. « Les parloirs avocat ne sont aucunement équipés de dispositifs d’écoute. Les échanges se tiennent dans des box fermés. La confidentialité est donc totale. »
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Plusieurs lettres écrites au magistrat
L’avocat, lui, ne compte pas céder. Il a écrit plusieurs lettres au magistrat en charge du dossier, réclamant la sortie d’isolement de son client. Plus paralysant encore, pour l’organisation du procès : à ce jour, il confie à Actu Toulouse qu’il n’envisage pas d’assister à la réunion préparatoire prévue le jeudi 19 février – durant laquelle les dates du procès devraient être arrêtées -, « tant que les conditions pour un procès équitable ne seront pas réunies ».
Quartier vulnérable
Même s’il parvenait à obtenir sa sortie d’isolement, ce qui semble visiblement peu probable, où souhaite-t-il que Cédric Jubillar soit détenu ? « Il y a une zone vulnérable (une aile spécifique de la prison, ndlr) où la protection est plus forte qu’ailleurs, où il n’y a pas de profils agressifs », détaille Me Debuisson à Actu Toulouse.
Sauf que son déménagement dans le quartier vulnérable ne permettrait visiblement pas d’assurer sa sécurité, selon l’administration pénitentiaire : « Ce placement à l’isolement apparaît comme l’unique moyen de garantir la sécurité et l’intégrité de Monsieur Jubillar au sein de l’établissement, ce dernier ayant fait l’objet de menaces sérieuses et circonstanciées, compte tenu de la très forte médiatisation de son affaire. »
Neuf détenus isolés contre une cinquantaine, avec promenade commune
David, délégué du syndicat des surveillants pénitentiaires (SPS-CEA) de Toulouse-Seysses, s’accorde à la décision de l’administration. Contacté par Actu Toulouse, il explique que le quartier isolement ne peut compter que neuf détenus, isolés dans des cellules individuelles et lors de promenades individuelles. « Ils n’ont absolument aucun lien avec le reste des détenus, jamais. » Contrairement au quartier vulnérable, qui « loge une cinquantaine de détenus » – sans garantie de cellule individuelle et avec promenade partagée.
Certes, il s’agit de détenus jugés vulnérables, mais le risque posé reste vraisemblablement non négligeable. « On est d’accord avec ce maintien à l’isolement, que ce soit pour la sécurité du personnel pénitentiaire ou pour celle de Cédric Jubillar », tranche David. Pour terminer, l’administration rappelle que toute décision de maintien à l’isolement peut faire l’objet d’un recours devant le tribunal administratif dans un délai de deux mois.
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