Le séisme de l’affaire Epstein avait déjà touché la France et les répliques se font encore sentir. Les journalistes continuent d’éplucher les trois millions de documents publiés par la justice états-unienne fin janvier et après Jack Lang, d’autres figures françaises se trouvent empêtrées dans un dossier d’envergure mondiale.
« C’est une affaire qui concerne surtout les Etats-Unis d’Amérique », déclare Emmanuel Macron au micro de l’émission Quotidien lundi 9 février. Des mots qui ont mal vieillis. Au moment où il s’exprime, Jack Lang a déjà démissionné de la présidence de l’Institut du monde arabe, l’ex-ministre de la Culture et sa fille Caroline Lang étant mis en cause pour leurs liens avec Jeffrey Epstein depuis la semaine dernière.
« Toute la lumière doit être faite »
Depuis mardi 11 février, c’est un diplomate français qui attirent les regards : le nom de Fabrice Aidan est cité près de 200 fois dans le dossier Epstein. Le ministère des Affaires étrangères, dont il dépend, a donc saisi la justice française. Dans des échanges de mail, ce haut fonctionnaire apparaît très proche du criminel sexuel. Ce diplomate âgé de 50 ans, avait fait l’objet en 2013 d’une enquête du FBI pour consultation d’images pédopornographiques alors qu’il était détaché pour l’ONU à New York. Une information que le quai d’Orsay, pourtant bien renseignée, a ignoré pendant toutes ces années tout comme, ses relations troubles avec Jeffrey Epstein. L’avocat de Fabrice Aïdan indique qu’il « conteste l’entièreté des accusations »
Après la mise en cause de ce diplomate français, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a tenu à prendre la parole. Pour elle, il est essentiel de creuser ce dossier et toute piste française liée à Epstein mais ce n’est pas à l’exécutif de le faire : « Bien sûr, toute la lumière doit être faite sur cette affaire effroyable et tentaculaire », a-t-elle affirmé à l’issue du Conseil des ministres, jugeant que c’était à la justice de « faire son travail ». Elle a par ailleurs a encouragé « les femmes qui auraient été victimes » dans des affaires liées au dossier Epstein à « parler et à se tourner vers la justice ».
Dernièrement, plusieurs voix ont réclamé la création d’une commission d’enquête sur le volet français de l’affaire Epstein. C’est notamment le cas du député insoumis Eric Coquerel ou du candidat de la gauche unie à la mairie de Paris Emmanuel Grégoire. La présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet s’y toutefois oppose, voulant éviter une confusion des pouvoirs.
Un présumé rabatteur soupçonné de viol
En dehors de la sphère politique, une autre personne est mise en cause sur le territoire français. Il s’agit de Daniel Siad, un présumé recruteur de jeunes femmes pour Jeffrey Epstein. Une ancienne mannequin suédoise a déposé plainte pour viol au Parquet de Paris. Cette femme d’aujourd’hui 56 ans dit avoir reconnu Daniel Siad dans les documents dévoilés par la justice américaine. Ebba Karlsson avait 20 quand, jeune mannequin, elle a croisé à Stokholm en 1990, Daniel Siad, un algérien. Il se présente comme agent de mannequin et lui fait miroiter un casting sur la Côte d’Azur. Elle accepte, mais une fois en sur place, les choses tournent mal. « Il a essayé de m’embrasser et de me caresser. Je me suis débattue et il m’a violée », raconte-t-elle.
Dans ces documents Esptein, Daniel Siad apparaît également proche de Jean-Luc Brunel. Considéré comme un des rabatteurs du milliardaire américain, le Français est mis en examen pour viol sur mineur lorsqu’il est retrouvé mort dans sa cellule en 2022. L’enquête est alors fermée, mais l’association de protection des enfants Innocence en danger a récemment demandé sa réouverture.
« Tous les ingrédients d’une bonne théorie du complot »
Si tous les Français cités dans le dossier ne sont pas forcément des proches de Jeffrey Epstein, leurs noms montrent au moins les liens privilégiés que semblait entretenir le criminel sexuel avec Paris. « Epstein viavit visiblement la moitié de l’année à Paris, ce qui fait qu’il y entretenait une sorte de réseau de sociabilité indéniable », analyse Julien Giry, chercheur associé à l’université de Tours et docteur en science politique.
Face à l’ampleur des relations de Jeffrey Epstein et à l’horreur étayée par les derniers documents publiés, la tentation complotiste n’est pas négligeable. Sur les réseaux sociaux, des conspirationnistes de la première heure se targuent d’avoir eu raison sur l’existence d’un réseaux pédo-sataniste et certains seraient tentés de les croire. Car selon Julien Giry, entre « argent », « pédocriminalité » et « élites », le dossier possède « tous les ingrédients d’une bonne théorie du complot ».