Quatre décès de nourrissons ont été portés à la connaissance des autorités dans l’affaire des laits infantiles contaminés, révèle la Cellule investigation de Radio France. Des enquêtes pénales sont ouvertes : trois portent sur des lots ayant fait l’objet d’un rappel, la quatrième concerne un produit qui n’avait pas été retiré du marché.
Publié le 11/02/2026 15:33
Mis à jour le 11/02/2026 22:40
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Lait infantile en poudre. (JEAN-FRANÇOIS FREY / MAXPPP)
Au total, quatre décès de nourrissons ont été portés à la connaissance des autorités sanitaires dans cette affaire de laits contaminés par la toxine bactérienne céréulide. Trois de ces enquêtes pénales concernent des nourrissons ayant consommé des lots officiellement retirés du marché notamment à Angers et à Bordeaux. Mais une quatrième enquête est également ouverte à Toulouse, après le décès d’une fillette de huit mois début février, selon la Cellule investigation de Radio France.
Contacté par la cellule investigation de Radio France, le ministère de la Santé indique que « le cas faisant l’objet d’une enquête par le parquet de Toulouse ne fait partie de ces trois signalements », la poudre de lait consommée par l’enfant ne faisant pas l’objet d’un rappel.
Dans un communiqué, le parquet confirme l’ouverture d’une enquête après le décès d’une enfant âgée de seulement 8 mois à Sainte-Foy-de-Peyrolières (Haute-Garonne), à la suite de l’appel d’une grand-mère qui avait découvert sa petite fille inanimée dans son lit. Selon le procureur de Toulouse « le syndrome de mort subite du nourrisson est envisagé, comme la possibilité qu’il soit consécutif à l’ingestion de lait infantile même si la boite de lait utilisée ne provient pas d’un lot ayant fait l’objet d’un rappel récent ». Le parquet précise que « de très nombreuses analyses scientifiques sont donc actuellement en cours pour établir la cause de ce décès », « réalisées par le laboratoire de sécurité des aliments de l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail ».
Dans son dernier point de situation, le ministère de la Santé évoque également une cinquantaine de signalements recensés par les Agences régionales de santé (ARS), dont quatorze hospitalisations associées à une suspicion de consommation des produits visés par les retraits. Dans huit de ces quatorze cas, il a été confirmé que les enfants avaient effectivement consommé des poudres de lait rappelées. Tous les enfants hospitalisés sont désormais rentrés à domicile et, à ce stade, aucun lien direct de causalité n’a pu être scientifiquement établi entre la consommation des produits et l’apparition des symptômes selon le ministère.
« Quand les ministres affirment que la situation est ‘maîtrisée’ alors que des bébés continuent d’être hospitalisés et que l’on annonce un troisième décès, ils ne décrivent pas la réalité : c’est un récit fictif », tacle Quentin Guillemain, le président de l’Association pour la santé des enfants dans un communiqué mercredi, réclamant le « rappel exhaustif de tous les laits fabriqués avec cet ARA (une huile riche en acide arachidonique) sur la période de risque ».
Le ministère demande toutefois aux parents dont les enfants ont présenté des symptômes graves ayant nécessité une hospitalisation de conserver les boîtes de lait dans un endroit sécurisé. Il leur est également demandé d’effectuer un signalement sur la plateforme Signal Conso, un service en ligne géré par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), en précisant la marque et le numéro de lot. Le ministère précise que les produits pourront, si nécessaire, être récupérés par les services de l’Etat en charge du contrôle sanitaire des denrées alimentaires, afin de procéder à des analyses.
Cette consigne intervient au lendemain des révélations de la Cellule investigation de Radio France : plusieurs familles d’enfants tombés malades après avoir consommé des laits de la marque Guigoz (Nestlé) avaient été orientées, par les autorités chargées des investigations sanitaires, vers le groupe Nestlé lui-même afin de faire analyser les produits incriminés.
Une pratique dénoncée par 24 familles réunies au sein du collectif Intox’Alim, qui ont saisi le tribunal judiciaire de Paris. Elles contestent une procédure qu’elles estiment dépourvue des garanties élémentaires d’indépendance, les analyses des produits incriminés n’ayant pas été confiées à un laboratoire public officiellement mandaté, comme le prévoit la réglementation.
Dans ces quatre enquêtes pénales, des analyses sont en cours à l’Agence nationale de sécurité sanitaire. Des investigations complexes. Depuis des années en effet, des scientifiques alertaient les pouvoirs publics sur la nécessité de créer un laboratoire national de référence dédié à cette toxine, et capable d’intervenir rapidement en cas de crise sanitaire.
Le laboratoire n’a jamais été créé. Les équipes travaillent donc sans structure spécialisée, avec des moyens contraints, alors même que les signalements se multiplient.