La France appelle à sa démission. Le chef de la diplomatie a en effet réclamé le départ de la rapporteuse spéciale de l’ONU pour les Territoires palestiniens Francesca Albanese. En cause ? Ces « propos outranciers » tenus lors d’une conférence « qui visent, non pas le gouvernement israélien dont il est permis de critiquer la politique, mais Israël en tant que peuple et en tant que nation », a affirmé le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot à l’Assemblée nationale mercredi. Problème : Francesca Albanese n’a jamais prononcé la phrase sur laquelle le chef de la diplomatie française était interpellé.

Revenons au début de l’affaire. Caroline Yadan, députée de la 8e circonscription des Français établis hors de France, comprenant Israël, figure parmi les premières à évoquer le sujet. Dimanche, l’élue relaie sur X la phrase suivante qu’elle attribue à Francesca Albanese : « Israël est l’ennemi commun de l’humanité. » Elle demande alors au Quai d’Orsay « de solliciter la révocation immédiate » de la diplomate.

« Il semble que vérifier la source ait été jugé inutile. Mentir, en revanche, est manifestement plus efficace », répond deux jours plus tard, mardi, la rapporteuse spéciale de l’ONU pour les Territoires palestiniens toujours sur le réseau social. « L’ennemi commun de l’humanité est LE SYSTÈME qui a permis le génocide en Palestine, y compris le capital financier qui le soutient, les algorithmes qui le dissimulent et les armes qui le rendent possible », corrige Francesca Albanese, vidéo à l’appui.

« Une militante politique »

Concrètement, dans l’extrait de son intervention en visioconférence samedi lors d’un forum organisé à Doha par la chaîne Al Jazeera, Francesca Albanese ne prononce jamais la phrase affirmant qu’« Israël est l’ennemi commun de l’humanité ».

Le contenu de l’intervention ? Voici ici la traduction réalisée par Le Huffington Post : « Le fait qu’au lieu d’arrêter Israël, la plupart des pays du monde l’ont armé, lui fournissant des excuses politiques, un appui politique, un soutien financier et économique, c’est un défi. Le fait que la plupart des médias dans le monde occidental amplifient le discours pro-apartheid, le narratif génocidaire, c’est un défi. Et en même temps c’est aussi une opportunité. Car si le droit international a été poignardé en plein cœur, il est également vrai que jamais auparavant la communauté internationale n’a connu les défis auxquels nous sommes tous confrontés, nous qui ne contrôlons pas d’importants capitaux financiers, ni d’algorithme, ni d’armes. Nous voyons maintenant que l’humanité a un ennemi commun, et que le respect des libertés fondamentales est la dernière voie pacifique, le dernier outil pacifique dont nous disposons pour recouvrer notre liberté. »

Caroline Yadan n’en a pas tenu compte, malgré le rappel aux faits publiquement réalisé par Francesca Albanese. La députée a en effet cité de nouveau cette citation tronquée à l’Assemblée nationale pour demander au ministre français des Affaires étrangères qu’elle soit « déchue de tout mandat avec effet immédiat ». Et Jean-Noël Barrot a ensuite demandé le départ de la rapporteuse spéciale de l’ONU pour les Territoires palestiniens sans signaler la contrevérité.

Reste que, pour le ministre, ces propos « s’ajoutent à une longue liste de prises de position scandaleuses, justifiant le 7-Octobre, pire massacre antisémite de notre histoire depuis la Shoah, évoquant le lobby juif ou encore comparant Israël au Troisième Reich ». « C’est une militante politique qui agite des discours de haine qui desservent la cause du peuple palestinien qu’elle entend pourtant défendre et des Nations unies », a dénoncé Jean-Noël Barrot à l’Assemblée nationale ce mercredi.

La cheffe de file de députés Insoumis Mathilde Panot a alors accusé le ministre d’engager « la politique étrangère de la France sur la base d’une fake news ». Et d’ajouter sur X : « Vos accusations sont d’une gravité extrême, puisque les propos que vous condamnez n’existent pas ! »