Dans son unique entretien télévisé, Gisèle Pélicot explique dans La Grande Librairie pourquoi le drame n’a pas soudé sa famille et comment chacun de ses enfants avance à son propre rythme.

La Grande Librairie (Capture d’écran)

Dans son unique entretien télévisé, Gisèle Pélicot explique dans La Grande Librairie pourquoi le drame n’a pas soudé sa famille et comment chacun de ses enfants avance à son propre rythme.

Invitée de La Grande Librairie pour évoquer la sortie de son livre Et la joie de vivre, publié le 17 février dans 22 pays, Gisèle Pelicot s’est longuement exprimée sur ce que le procès a laissé derrière lui. Depuis la révélation, en 2020, des viols qu’elle a subis pendant des années sous sédation, et la condamnation de son ex-mari Dominique Pelicot à vingt ans de réclusion criminelle, son nom est devenu celui d’un symbole. Mais sur le plateau de France 5, c’est d’abord en mère qu’elle a parlé.

Interrogée sur les conséquences du drame au sein de sa famille, elle balaie d’emblée une idée largement répandue : « Je pense qu’il est faux de croire que le drame rassemble une famille. Je pense que c’est une déflagration qui a tout emporté. » Loin du récit d’une unité retrouvée dans l’épreuve, Gisèle Pelicot décrit une reconstruction fragmentée, dans laquelle chacun avance selon son propre rythme. « Chacun aujourd’hui essaye de se reconstruire comme il peut. Il nous faut du temps et chacun à son rythme. Moi, j’ai trouvé le mien. »

Cette précision est essentielle dans son discours. Elle affirme avoir entamé son propre chemin, mais reconnaît que la situation n’est pas la même pour ses enfants. « Moi, j’ai choisi de vivre avec monsieur Pelicot. Eux n’ont pas choisi leur père. Donc la place est différente pour eux et je pense que le chemin sera un peu plus long. » Par cette phrase, elle souligne une différence fondamentale : celle entre la responsabilité d’un choix conjugal et la violence d’un héritage subi.

« Condamnée à un enfer perpétuel »

La situation de sa fille Caroline, qui a déposé plainte contre son père, occupe une place particulière dans son récit. Gisèle Pelicot évoque « ce doute… qui la condamne à un enfer perpétuel » et précise qu’elle attend toujours des réponses. « Elle attend des réponses de son père. Aujourd’hui, j’essaierai de l’accompagner du mieux que je peux. » Elle explique que le lien s’est timidement renoué : « Caroline, ça y est […] On s’appelle aujourd’hui. On a repris rendez-vous ensemble. J’espère que les choses vont s’apaiser pour elle. »

Pour son fils David, en revanche, le silence domine encore. Elle ne le dramatise pas, mais l’accepte. « Ça demande un peu plus de temps. Je respecte ce silence parce qu’il faut du temps pour guérir, il faut du temps pour cicatriser. » Loin d’imposer une réconciliation ou d’en faire un objectif immédiat, elle dit comprendre que la blessure ne se referme pas au même rythme pour tous.

Dans son livre, coécrit avec Judith Perrignon, Gisèle Pelicot revient sur cinquante années de vie commune, évoquant à la fois les violences révélées et les souvenirs heureux. Un choix qui a pu surprendre. Elle assume pourtant de ne pas vouloir effacer entièrement son passé conjugal. « Si j’efface ces souvenirs-là, je meurs », confie-t-elle ailleurs dans l’entretien. Elle explique avoir voulu conserver « les bons moments » et enfermer le reste « à double tour ». Pour ses enfants, reconnaît-elle, la démarche peut être différente : « Moi, avec toute cette boue, j’ai voulu mettre de la couleur dans ma vie. Pour mes enfants, c’est sûrement différent parce qu’ils n’occupent pas la même place. »

Le livre est aussi adressé à eux. « J’espère qu’ils trouveront les réponses », confie-t-elle à Augustin Trapenard. Elle évoque également ses petites-filles, encore adolescentes, qui connaissent aujourd’hui « Mamie » sans forcément mesurer ce que représente son histoire. « Peut-être qu’un jour, mes petites filles découvriront qui est leur grand-mère. Aujourd’hui, elles connaissent Maminou, Mamie, mais elles ne savent pas qui est Gisèle Pelicot. »

Au fil de l’entretien, elle refuse les qualificatifs d’« icône » ou d’« héroïne », préférant se définir comme « une femme ordinaire qui s’est opposée au huis clos ». Pourtant, son témoignage dépasse sa seule histoire personnelle et s’inscrit dans un débat plus large sur la place des victimes et la manière dont la société les regarde. Si elle a trouvé une forme d’apaisement, elle ne prétend pas que le procès a refermé toutes les plaies familiales.