Sans le faire exprès, ils ont (encore) suivi la même trajectoire l’an dernier. Inséparables ou presque depuis les bancs de l’école de vélo, professionnels au sein de la même équipe depuis 2018, les deux chefs de file du vélo breton ont vécu la saison la plus compliquée de leur carrière la même année.

Celle de David Gaudu, « où il a touché le fond » comme il l’a clairement confié à nos confrères de L’Équipe, a connu deux fulgurances (succès d’étape au Tour d’Oman et, surtout, au Tour d’Espagne, maillot de leader à la clé) mais elle a été gâchée par les chutes à répétition, les blessures (fracture à la main gauche en mars, main droite ouverte en mai…) et une instabilité persistante. Déconcertante aussi.

À des années-lumières de sa 4e place sur le Tour de France 2022 et de sa 2e place sur Paris-Nice 2023 (entre Pogacar et Vingegard). Celle de Valentin Madouas n’a pas non plus été une réussite pour un coureur de son standing avec, à l’arrivée, un seul podium (3e du Tro Bro Leon) et énormément de frustration sur les objectifs annoncés.

« À ce niveau, quand ça déraille… »

« L’un et l’autre n’ont pas été à la hauteur des attentes mais les raisons sont différentes », analyse Yvon Caër, l’un de leur directeur sportif. « Pour David (Gaudu), l’élément déclencheur, ça a été cet enchaînement de chutes, cet engrenage inexpliqué ; à ce niveau, quand ça déraille, c’est compliqué de remettre l’église au milieu du village. Mentalement et physiquement, Valentin (Madouas), quant à lui, a subi le contre-coup de sa médaille d’argent aux Jeux olympiques (2024). Quelque part, il ne s’en est pas remis. Avec sa générosité, son envie de faire plaisir à tout le monde, il a connu un retour du bâton. Résultat, il a pris un peu de retard dans sa préparation et à ce niveau-là, ça ne pardonne pas. Il a souvent été bon . Malheureusement, il lui a toujours manqué ces 5 ou 10 % pour être excellent », poursuit Caër. « On ne va pas réécrire l’histoire », s’agace Marc Madiot. « Ce sont les aléas d’une carrière. Quand tu es professionnel, tu ne peux pas toujours être dans la facilité. J’ai connu ça, je n’ai pas envie de les blâmer », ajoute l’ancien manager général de la Groupama-FDJ qui, à l’approche de l’automne, ne s’était pourtant pas fait prier pour mettre un petit coup de pression à ses têtes d’affiche bretonnes en leur signifiant que « 2026 commençait durant l’intersaison ».

Gaudu change d’entraîneur

Méconnaissable en fin de Vuelta (97e au classement général après une anonyme 66e place au Giro), David Gaudu a préféré arrêter les frais (« il avait besoin de faire un reset », dixit Caër), début octobre, dans l’espoir de repartir du bon pied. Après une remise à plat avec son staff, la Groupama-FDJ lui a changé d’entraîneur (l’Italien Luca Festa, en provenance de Cofidis, a remplacé David Han) et a réajusté ses axes de travail. En clair, le grimpeur originaire de Landivisiau a refait les bases et effectué davantage de volume durant l’hiver. Valentin Madouas, de son côté, a été (beaucoup beaucoup) moins sollicité que lors de la précédente et pu se remettre au boulot de bonne heure. « Ils se sont reconcentrés sur les bases du métier, l’engagement, le travail, les petits détails de fourmis qui font la différence. Les compteurs sont remis à zéro. Ils sont sur le chemin qui doit les ramener à leur meilleur niveau. Le talent ne s’évapore pas », reprend Madiot. « David (Gaudu), attention, a gagné deux courses de très très haut niveau en 2025 ; pour retrouver de la constance, il a juste besoin de retrouver de la confiance. Valentin (Madouas), lui, a verbalisé les choses : lui aussi va rebondir, je n’ai aucun doute là-dessus. » Quitte à changer sa façon de courir ? « À un certain âge, tu ne peux pas mettre un défenseur avant-centre », sourit Madiot.

Le sentiment général est partagé par Thomas Voeckler, le sélectionneur national : « Ils ont déçu mais les premiers déçus, ce sont eux. Je pense qu’ils vont avoir du mal à être plus fort que par le passé. En revanche, je les crois tout à fait capables de revenir dans le jeu. » Premiers éléments de réponse, ce week-end, en Espagne et aux Emirats.