Face à la démence, les traitements restent limités et les espoirs se tournent de plus en plus vers la prévention. Alimentation, activité physique, sommeil : chaque détail compte. Et dans ce contexte, des chercheurs du Mass General Brigham, de la Harvard TH Chan School of Public Health et du Broad Institute du MIT et d’Harvard ont suivi plus de 130 000 adultes pendant 43 ans pour explorer l’impact de boissons consommées quotidiennement sur le déclin cognitif et la démence

Une étude de référence sur plusieurs décennies

Publiée début 2026 dans Journal of the American Medical Association, cette étude s’appuie sur deux grandes cohortes de suivi : la Nurses’ Health Study et la Health Professionals Follow-up Study.

Les chercheurs ont analysé de manière très fine la consommation de café, de décaféiné et de thé, régulièrement déclarée par les participants. L’objectif : comprendre si ces boissons étaient associées au risque de démence et à l’évolution des fonctions cognitives, qu’elles soient mesurées par des tests ou ressenties au quotidien.

« En cherchant des pistes de prévention de la démence, nous avons pensé qu’un produit aussi répandu que le café pouvait constituer une intervention nutritionnelle prometteuse », explique Daniel Wang, co-auteur de l’étude et chercheur à la Harvard Medical School.

Caféine, thé et risque de démence : ce que montrent les résultats

Au cours du suivi, plus de 11 000 cas de démence ont été recensés. Les résultats montrent une association claire : les participants ayant les apports en caféine les plus élevés présentaient un risque de démence inférieur de 18 % par rapport à ceux qui en consommaient très peu.

Le bénéfice maximal était observé pour des consommations modérées : environ deux à trois tasses de café caféiné par jour, ou une à deux tasses de thé. Le café décaféiné, en revanche, ne semblait pas associé à une protection cognitive notable. Les buveurs réguliers de café ou de thé déclaraient également moins de problèmes de déclin cognitif, comme les oublis ou la confusion.

Pour Yu Zhang, autre co-auteur, la prudence reste essentielle : « Notre étude ne permet pas d’établir une relation de cause à effet. Mais elle constitue, à ce jour, l’une des preuves les plus solides d’un lien entre café, thé et santé cognitive. »


L’étude montre une association entre la consommation régulière de café ou de thé et un déclin cognitif plus lent sur plusieurs décennies. © yaisirichai, Adobe Stock

Des résultats cohérents avec d’autres grandes études

En 2021, une analyse menée à partir de la base de données UK Biobank avait déjà montré qu’une consommation régulière de café et de thé était associée à un risque plus faible de démence et d’AVC chez plus de 300 000 participants.

Ces résultats renforcent l’hypothèse d’un effet synergique entre la caféine et d’autres composés bioactifs largement présents dans ces boissons, notamment les polyphénols. Ces molécules d’origine végétale sont connues pour leurs propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires, et sont étudiées depuis plusieurs années pour leur rôle potentiel dans la protection vasculaire et la modulation de processus impliqués dans le vieillissement cérébral.

Une pièce du puzzle, pas une solution miracle

« Bien que nos résultats soient encourageants, il est important de rappeler que l’effet est faible et qu’il existe de nombreuses façons importantes de préserver les fonctions cognitives avec l’âge. Notre étude suggère que la consommation de café ou de thé peut constituer un élément de cette solution », précise Daniel Wang.

Dans un contexte où les traitements de la démence restent limités une fois la maladie déclarée, ces résultats renforcent toutefois un message clé : les habitudes du quotidien, adoptées tôt et maintenues dans le temps, pourraient peser davantage qu’on ne le pense sur la santé cognitive. Et parfois, tout commence par une simple tasse de café.