Basée aux États-Unis, l’entreprise technologique Interdigital (834 millions de dollars de chiffre d’affaires en 2024) est notamment présente à Cesson-Sévigné (35), près de Rennes, avec un site de recherche issu du rachat d’une partie de Technicolor (ex-Thomson) en 2018-2019. Quelles sont vos activités plus précisément ?

Interdigital est un groupe de 450 salariés, spécialisé dans la recherche. Nos innovations sont brevetées et, ensuite, nous les mettons à disposition du plus grand nombre avec un système de licences. Pour ce faire, nous poussons nos inventions dans ce qu’on appelle des standards, qui permettent à des appareils de différentes marques de communiquer entre eux. La 4G ou la 5G, par exemple, sont des standards qui permettent à tous d’appeler peu importe la marque du téléphone. Ces réseaux sans fil (4G, 5G, 6G demain…) constituent l’une de nos deux activités principales. L’autre est liée à la vidéo et c’est là-dessus que le centre de Rennes, qui compte aujourd’hui entre 130 et 140 salariés, est spécialisé.

De quoi s’agit-il, par exemple ?

Souvent, les vidéos sont très lourdes, donc pour les visionner, il faut avoir recours à des technologies de compression que l’on développe chez Interdigital. Sans ça, le streaming n’existerait pas, ni la vidéo sur smartphone. Dès que vous regardez une vidéo, vous utilisez des technologies Interdigital. Nous ne sommes pas visibles, notre logo ne se voit pas, mais nous détenons un certain nombre de brevets dans tout ce qui permet de distribuer de la vidéo.

Intégrez-vous l’intelligence artificielle (IA) dans vos activités ?

Oui. Nous ne développons pas d’IA générative, dont on entend beaucoup parler en ce moment. Pour nous, c’est une nouvelle technologie qui permet de compresser des images de plus en plus lourdes, de façon plus efficace.

Rennes est le site le plus important d’Interdigital au niveau mondial et de loin.

Quelle est la place du site de Rennes au sein du groupe ?

C’est le plus important d’Interdigital au niveau mondial et de loin. C’est là que se passe quasiment 95 % de l’activité de recherche du groupe sur la vidéo.

Interdigital et Razer, spécialiste des produits pour les joueurs de jeu vidéo (ordinateurs, casques, claviers, manettes, souris, sièges…), ont annoncé, mardi 10 février, à Rennes, une collaboration autour de la technologie haptique. De quoi s’agit-il ?

L’haptique, c’est la science du toucher et ça vient se rajouter à l’image et l’audio pour renforcer le sentiment d’immersion. En 2025, pour la sortie du film F1 avec Brad Pitt, Apple TV a par exemple proposé une bande-annonce haptique sur iPhone : le téléphone vibre plus ou moins en fonction des accélérations de la voiture ou des chocs. Nous, nous essayons d’aller un peu plus loin avec Razer, qui a des appareils haptiques très avancés. Notamment un casque ou un siège. En 2025, nous avons créé avec eux un standard permettant de créer des contenus haptiques pour tous les appareils, là encore en échange de licences. À l’avenir, nous voulons montrer l’utilité de ce standard, pour que de plus en plus d’appareils s’ouvrent aux contenus haptiques et puissent en proposer.

C’est un vrai axe de développement pour Interdigital ?

C’est un axe parmi d’autres. Notre cœur de métier, c’est la compression vidéo. Environ la moitié de nos ressources y sont consacrées.

Vous avez également annoncé, le 10 février, la labellisation du site de Rennes par le réseau Produit en Bretagne. Qu’est-ce qui vous a poussé à adhérer ?

Comme nos technologies sont partout mais que nous n’apparaissons nulle part, notre visibilité est faible localement. Nous nous sommes dit que Produit en Bretagne était une belle opportunité pour changer ça. Nous avons beaucoup de partenariats avec les universités et l’institut de recherche Inria, nous accueillons plus de 20 stagiaires de master par an et nous avons 10 doctorants dans nos locaux en permanence. Produit en Bretagne est aussi un vrai levier stratégique : le pouvoir du logo est fort et nous permet de discuter avec les institutionnels en France et à Bruxelles et de communiquer. C’est aussi un élément de la culture d’entreprise, qui nous permet d’attirer et de conserver les meilleurs chercheurs, sur un marché ultra-concurrentiel.

Qu’est-ce qui a convaincu le réseau de vous ouvrir ses portes ?

Nous avons défendu notre implication locale, mais aussi nos brevets. Le centre de Rennes en produit entre 400 et 450 chaque année. Je ne pense pas qu’il y ait d’équivalent. Nous sommes entre 130 et 140 sur le site, dont cela fait une moyenne de trois brevets par personne par an. Notre portefeuille fait 30 000 brevets au total.

Comptez-vous agrandir votre équipe rennaise à l’avenir ? [Un plan social a visé 60 postes sur 140 en 2021, NDLR]

L’effectif de salariés permanents est plutôt stable. Nous avons plutôt tendance à augmenter le nombre de non-permanents (doctorants et post-doctorants) dans le cadre du partenariat avec l’Inria. Nous faisons des travaux actuellement pour pouvoir en accueillir un peu plus.