Deux corps de bébés ont été retrouvés dans un congélateur à Aillevillers-et-Lyaumont (Haute-Saône), mardi 10 février 2026. Une femme a été interpellée en région parisienne, après l’alerte donnée par son compagnon. Elle a avoué être la mère des deux nourrissons, et les avoir placés au congélateur. On fait le point.

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Les heures passent, et les circonstances de ce macabre fait divers s’éclaircissent. Mercredi 11 février 2026, nous relations la découverte de deux corps de bébés, dans le congélateur d’une maison située à Aillevillers-et-Lyaumont (Haute-Saône). Les faits dataient du 10 février, en fin d’après-midi, et une femme avait été placée en garde à vue hier soir dans cette affaire.

Moins de 24h après cette dernière information, les investigations continuent pour faire la lumière sur ce drame qui a horrifié cette petite commune de Haute-Saône. France 3 Franche-Comté fait le point sur l’avancée du dossier.

Une soirée d’horreur à Aillevillers-et-Lyaumont

L’alerte a été donnée mardi 10 février, en fin d’après-midi, à 16h49 exactement. « Il a été fait état de la découverte du corps d’un nourrisson, dans un congélateur, dans un domicile familial » a expliqué le procureur de la République de Besançon, Cédric Logelin. Dans cette imposante bâtisse, située rue Charles Demandre et dont les portes sont aujourd’hui barrées par de nombreux scellés rouges, vivaient habituellement un couple ainsi que leur quatre enfants âgés de 14 à 20 ans, ainsi qu’un autre enfant issu d’une précédente union de madame.

Madame avait cependant quitté le domicile en décembre 2025 de manière subite. La découverte du corps a été faite par un membre de la famille et un des enfants, qui triaient des aliments dans un des deux congélateurs de la maison, situé dans une buanderie.

Cédric Logelin,

procureur de la République de Besançon

Les entrées de la maison sont aujourd'hui sous scellés.

Les entrées de la maison sont aujourd’hui sous scellés.

© Antoine Laroche – France Télévisions

C’est un membre de la famille qui a immédiatement contacté les forces de l’ordre. Confrontée à ces premiers témoignages et éléments plus qu’inquiétants, la gendarmerie de Saint-Loup-sur-Semouse a tout de suite engagé une opération. Les premières investigations ont été menées par la brigade de recherche de Lure, avec l’appui de la section de recherche de Besançon et de techniciens criminels. « Un autre sac a été découvert dans le même congélateur lors des opérations de police techniques et scientifiques » précise Cédric Logelin. « À l’intérieur, il y avait un second corps de nouveau-né ».

Très vite, un membre du parquet de Vesoul s’est rendu sur place. Les forces de l’ordre ont bouclé le quartier, ce qui a provoqué une grande agitation dans cette petite commune de moins de 1 500 habitants. Le maire d’Aillevillers, Jean-Claude Tramesel, a été prévenu dès mardi, à 18h, sans plus de détails sur ce qui se passait. « On m’a demandé de me déplacer à la gendarmerie pour des enquêtes de voisinage, on va dire, mais sinon je n’ai aucune information sur le déroulement de ce qui s’est passé » confesse-t-il à France 3 Franche-Comté.

La compagne, appréhendée en région parisienne, a fini par avouer

Très vite, les autorités ont cherché à savoir qui aurait bien pu placer les deux corps dans le congélateur. Le propriétaire de la maison, qui était au travail au moment de la découverte, a été auditionné et, dans un premier temps, placé en garde à vue. Les soupçons se sont néanmoins très vite portés sur sa compagne, une femme âgée de 50 ans, mère de neuf enfants issus de deux unions.

« Madame était localisée en région parisienne, elle a été interpellée sans incident dans la nuit du mardi 10 au mercredi 11 février », plus précisément à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), et a été placée en garde à vue pour « assassinat ». Elle a été rapidement transférée en Haute-Saône.

Ce sont les gendarmes de Saint-Loup-sur-Semouse qui sont intervenus les premiers sur les lieux.

Ce sont les gendarmes de Saint-Loup-sur-Semouse qui sont intervenus les premiers sur les lieux.

© Antoine Laroche – France Télévisions

Au vu de la nature criminelle de cette affaire, le parquet de Vesoul s’est dessaisi et a laissé le parquet de Besançon ouvrir une instruction judiciaire.

Lors de sa 3ᵉ audition, madame reconnaissait être la mère des nourrissons trouvés dans le congélateur. Elle était dans l’incapacité de préciser avec certitude les dates de naissance, les situant entre 2011 et 2018.

Cédric Logelin,

procureur de la République de Besançon

« Elle expliquait avoir accouché au domicile, avoir enveloppé les nouveaux-nés aussitôt après, puis les avoir immédiatement déposés dans ce congélateur » continue le procureur. « Elle savait qu’elle était la seule utilisatrice de ce congélateur ». En effet, selon la justice, la découverte a été possible car, après le départ de la mère, la famille a voulu mettre de l’ordre dans le frigidaire.

Comment personne n’a-t-il pu se rendre compte de la situation ? « Elle expliquait qu’elle avait caché ses grossesses à son entourage familial et amical » continue Cédric Logelin. « Elle avait inventé des explications lorsqu’elle était interrogée sur ses prises de poids, et avait mis des vêtements amples pour les dissimuler ». Elle précisait qu’elle n’avait jamais parlé à personne de ces accouchements. Y compris son compagnon qui, en garde à vue, « est tombé des nues et a assuré qu’il n’était pas au courant ».

Lors de ses auditions, elle pleurait très régulièrement et se disait désolé pour ses enfants et sa famille. Elle pensait notamment aux conséquences de ses gestes pour ses enfants.

Cédric Logelin,

procureur de la République de Besançon

Information judiciaire ouverte pour « meurtre d’un mineur de 15 ans », autopsies des deux corps prévues

Une information judiciaire a été ouverte l’après-midi du jeudi 12 février au pôle de l’instruction de Besançon (Doubs) du chef de « meurtre d’un mineur de 15 ans ». Une infraction criminelle pour laquelle la réclusion à perpétuité est encourue. La mère des nouveaux-nés a été présentée à un juge d’instruction, et n’a pas d’antécédent judiciaire. Son compagnon a été relâché, mais les investigations continuent pour savoir si d’autres personnes sont impliquées.

Le parquet de Besançon a requis son placement en détention provisoire « afin de garantir sa représentation en justice et d’éviter une concertation ou des pressions de l’entourage familial et amical ». À l’heure où nous écrivons ces lignes, la mise en cause est toujours interrogée par une juge d’instruction. Une autopsie des deux corps retrouvés est prévue demain, vendredi 13 février, pour préciser la date et les circonstances des décès. Des auditions des proches de la cinquantenaire vont être diligentées, « pour essayer d’en savoir plus sur ses grossesses et les circonstances des accouchements ».

Les habitants d’Aillevillers-et-Lyaumont atterrés

La vaste opération policière et la révélation des premiers détails dans la presse ont beaucoup fait parler à Aillevillers-et-Lyaumont. Très vite, l’affaire était sur toutes les lèvres. Sur place, jeudi 12 février, les qualificatifs ne manquaient pas pour qualifier la situation : « dramatique », « terrifiant », « horrible ».

Selon le maire de la commune, Jean-Claude Tramesel, « c’étaient des gens qui habitaient dans la commune depuis 2008, qui sont propriétaires ici mais qui ne travaillent pas » à Aillevillers-et-Lyaumont. Ce que confirme une riveraine, ancienne propriétaire de la maison où a eu lieu le drame. « Je leur ai vendu il y a presque 20 ans » se souvient-elle. « Là, je n’en ai presque pas dormi de la nuit. C’est incompréhensible. Au moment de la vente, ça s’est bien passé, c’étaient des gens sans histoire. Je croisais souvent le mari, on se disait bonjour, j’étais à l’école avec lui… Je ne comprends pas ».

Un autre homme, croisé sur la commune, indique « être très surpris ». Il s’est rendu sur place mardi soir. « Quand vous voyez une police criminelle et des gendarmes en civil dans une petite bourgade de Haute-Saône, on est curieux, on veut savoir » dit-il. Connaissait-il la famille habitant dans la maison ? « C’était le calme plat, on ne les voyait pas beaucoup. On n’a rien qui pouvait laisser penser que cela arriverait. Ce sont des gens très calmes, tout le monde le dit ».

La quiétude du village de Aillevillers-et-Lyaumont a été troublée.

La quiétude du village de Aillevillers-et-Lyaumont a été troublée.

© Antoine Laroche – France Télévisions

Le parquet de Besançon (Doubs) a précisé que la mise en cause n’était pas suivie psychologiquement, et que la famille était « honorablement connue dans la commune ».

Avec Corentin Fouchard et Antoine Laroche