Le conseil d’administration du groupe pharmaceutique a écarté Paul Hudson avec effet immédiat. Son départ était en question depuis plusieurs mois. Sa stratégie était critiquée ainsi que des contrats contestés.
L’éviction est brutale. Sanofi a annoncé ce jeudi matin le départ de son directeur général Paul Hudson qui quittera son poste dans cinq jours, le « 17 février au soir ». Son mandat se terminait pourtant le 29 avril prochain, à l’occasion de l’assemblée générale du groupe pharmaceutique. Pas de passation de pouvoir en douceur. Son expulsion express illustre un malaise chez Sanofi.
Son renouvellement était en question depuis plusieurs mois, d’après l’enquête menée par BFM Business ces dernières semaines. « Il y avait un débat très intense au conseil d’administration sur le maintien de Paul Hudson et cela dure depuis l’automne dernier », nous expliquaient plusieurs bons connaisseurs du groupe. Selon nos informations, les administrateurs étaient très divisés. Ce britannique de 58 ans ne faisait pas l’unanimité.
« C’était du 50/50, nous assurait mi-janvier une source proche du groupe. La chasse pour trouver son successeur a commencé l’été dernier ».
Le conseil divisé depuis l’automne
Le président de Sanofi, Frédéric Oudéa, voulait se séparer de Paul Hudson avec qui les relations étaient parfois difficiles. Les remontées d’informations au conseil d’administration n’étaient pas fluides de la part de Paul Hudson qui dirigeait Sanofi depuis Boston, même s’il était souvent à Paris. « Le président voulait changer la gouvernance, assure un bon connaisseur. Car il est inquiet de la situation du groupe ».
Le bilan de Paul Hudson était souvent critiqué: le cours de Bourse de Sanofi stagne depuis son arrivée en 2019. Il a même a reculé de 20% en un an malgré les cessions du pôle « grand public » Opella, contenant le Doliprane, pour 10 milliards d’euros et sa filiale de principes actifs, Euroapi en 2022.
« Le cours de Bourse de Sanofi reflète le manque de visibilité sur la stratégie. Le groupe n’a sorti aucun grand médicament ces dernières années », illustre Denis Branche, cofondateur de Phitrust, gestionnaire d’actifs.
Les investisseurs s’inquiètent du manque d’alternative à la molécule phare de Sanofi, le Dupixent. Le blockbuster pèse plus d’un tiers du chiffre d’affaires et son brevet expire en 2031. Il y a deux semaines, les analystes d’UBS pointaient du doigt « l’incapacité à gérer le renouvellement du portefeuille de produits ».
Une start-up qui dérange
Le conseil d’administration de Sanofi avait deux autres épines dans le pied. Deux contrats que le groupe avait signé sous l’ère de Paul Hudson. Un premier avec une start-up d’intelligence artificielle, Aily Labs qui fournit à 23.000 collaborateurs de Sanofi une « interactions de données réactives en temps réel et donne un aperçu à 360° sans précédent de toutes les activités de Sanofi », peut-on lire dans le rapport annuel de l’année 2023. Des administrateurs s’interrogeaient sur un potentiel conflit d’intérêt entre Paul Hudson et la dirigeante d’Aily Labs, passée par le concurrent suisse Novartis comme lui. Un autre contrat de partenariat dans la Formule 1, signé il y a un an avec MacLaren, a fait aussi tiquer les services juridiques depuis plusieurs mois, sur son intérêt pour le groupe pharmaceutique.
Ces contrats ont-ils justifié de débarquer Paul Hudson en cinq jours ? Contacté, Sanofi ne nous a pas répondu. La semaine dernière, le président Frédéric Oudéa soulignait sur LinkedIn « l’humilité avec laquelle les dirigeants doivent prendre leurs décisions stratégiques aujourd’hui » après les énormes pertes annoncées par le constructeur automobile Stellantis. Les prémices de la décision d’évincer Paul Hudson qu’il avait déjà tranchée.