Direction le Vieux-Mesnil, dans le Nord, où les girouettes accrochées en haut des toits des maisons ont une importance particulière. Les équipes de France Télévisions ont rencontré l’un des tout derniers artisans-girouettiers de France.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.

Dans le village du Vieux-Mesnil, dans le Nord, les 641 habitants ne perdent jamais le Nord. De nombreuses girouettes ornent les maisons. Aussi surnommé le village des girouettes, il affiche ce qui est une fierté pour certains, une passion pour tous. Au numéro 21, sur le toit, un jardinier et sa brouette, ainsi qu’un renard.

« La première, mon mari l’a eue le jour de ses 50 ans par ses amis. Parce que lui, sa passion, c’est le jardin. Et la deuxième, ce sont ses enfants, parce qu’il est chasseur et piégeur, et c’est un renard », explique Claude Maréchal. Le couple est heureux de résider dans le « village des girouettes » : « C’est bien, c’est un truc en plus. » Même fierté au numéro 11. « C’est quand même pas commun qu’un village ait un surnom pour un objet quelconque, une girouette. Ça fait plaisir à tous les habitants, je pense, enfin la plupart », confie Michel Lienard.

Un peu plus loin, sur la place, plus classique : un coq posé sur le hangar, qui surveille les poules de la ferme. Jean-Paul Sma, agriculteur retraité, a gardé l’habitude d’observer sa girouette pour connaître la météo. « Là, elle est au Sud, c’est de l’eau. Il va pleuvoir », montre-t-il. « Je la regarde tous les matins. D’après le temps, on savait s’il fallait faucher ou non, s’il fallait faire quoi que ce soit », explique-t-il.

De toutes les formes et de toutes les couleurs, les girouettes expriment une histoire, une passion. Bruno Dubus s’applique à les raconter. Passionné, il en a même fait son métier. Crayon à la main, il trace les lignes de cet objet insolite. Il fait partie des dix derniers girouettiers français. Il utilise la machine à découper qu’utilisait son père. « Cette machine, c’est mon père qui l’avait achetée, elle a 46 ans. Il a toujours adoré les girouettes également, donc c’est lui qui m’a un peu donné le virus », confie l’artisan.

Le cuivre est chauffé à 900 degrés pour mieux le travailler : « S’il est chauffé à blanc, il devient aussi malléable que du papier. Il est très souple », précise Bruno. Ensuite, l’œil du passionné renforce la créativité. Ici, le nid de cigogne est esthétique mais aussi pratique, puisqu’il évitera que les oiseaux ne viennent s’y poser. « Je pense que ça va être chouette. Il me reste juste à souder ça », s’enthousiasme Bruno.

Au total, 12 heures de travail pour une girouette vendue 370 euros : « Si on vendait des objets comme celui-ci, une girouette comme celle-là, en comptant le nombre d’heures qu’on passe, ça serait très cher, ça serait invendable. Donc oui, il faut être passionné. Et puis c’est une satisfaction personnelle aussi, de se dire que les gens, quand ils repartent, ils sont heureux. Et pour moi c’est le but, aussi », reconnaît le professionnel.

Il puise son inspiration dans les objets qui l’environnent, dans les livres ou le sport, comme la voile ou le cyclisme. Il peut tout réaliser à la demande du client. « En général, les gens viennent avec un croquis ou une photo. Bien souvent, c’est une photo. Et à partir de ce moment-là, je leur fais un petit dessin. Si ça leur convient, je le mets dans mon planning pour la fabrication », détaille Bruno.

Et à chaque fois, un plaisir de faire découvrir le résultat aux clients. Un retraité vient chercher sa girouette, un cheval de trait du Nord. « C’est de la minutie, c’est magnifique. C’est du vrai artisanat ! », se réjouit Éric Castellain, passionné de girouettes. Un hommage à sa sœur passionnée par ces chevaux, un clin d’œil à leur enfance, ici, au plus haut de sa maison : « J’ai toujours eu une girouette depuis 30 ans. Comme elle avait rendu l’âme, c’est un plaisir que je ne pourrais même pas vous expliquer, parce que ça remplace celle que j’avais. Ça reflète le Nord, les chevaux de trait et la pluie surtout. »

Des morceaux de vie accrochés aux nuages, un repère, un point cardinal dans le ciel et signature sur les maisons : la girouette, témoin du temps qui passe et du temps qu’il fait.