L’affaire impliquant Antoine Dupont et Anthony Jelonch remet en lumière un système opaque : les contrats de droit à l’image dans le rugby professionnel. Entre optimisation fiscale et travail dissimulé, le sujet refait surface et inquiète les instances.

Le rugby français traverse une zone de turbulences financières. Le litige entourant Antoine Dupont, Anthony Jelonch et la société 3S-Alyzia relance un débat ancien : celui des contrats d’image utilisés pour compléter les salaires des joueurs.

Derrière ces montages juridiques se cache une frontière floue entre légalité encadrée et fraude caractérisée. Et pour certains observateurs, ce qui apparaît aujourd’hui ne serait que la partie émergée d’un problème bien plus vaste.

Des contrats d’image parfois fictifs

Le dossier actuel rappelle d’autres affaires passées. Dès les années 2010, le club de Soyaux-Angoulême XV Charente avait mis en place un système controversé : des joueurs déclarés auto-entrepreneurs, officiellement photographes, afin d’augmenter leurs revenus tout en réduisant les charges sociales.

À l’époque, l’avocat Lionel Béthune de Moro défendait la légalité du dispositif, assurant qu’il s’agissait de prestations réelles et d’un modèle déjà utilisé ailleurs dans le sport professionnel.

La justice ne l’a pas entendu ainsi. En 2021 puis en 2023, le club a été condamné pour travail dissimulé et contraint à un redressement d’environ 1,5 million d’euros.

Plus récemment, un joueur a publiquement dénoncé des pratiques similaires. L’ancien troisième ligne Uzair Cassiem a mis en cause le club de Nice, évoquant un montage mêlant allocations chômage et contrats d’image via une société étrangère. Dans ses courriers, il parlait explicitement de compléments de salaire déguisés permettant d’économiser des charges sociales.

Un cadre légal pour éviter le “Far West”

Face aux dérives, le rugby français a tenté d’encadrer ces pratiques. Entre 2004 et 2010, le Droit à l’Image Collectif (DIC) permettait aux clubs d’alléger leurs charges sociales de manière légale. Sa suppression avait provoqué de vives réactions.

À l’époque, Mourad Boudjellal, alors président du Rugby Club Toulonnais, alertait déjà sur les risques économiques pesant sur le rugby professionnel.

Pour remplacer le DIC, la loi dite « Braillard » a été instaurée en 2017. Ce dispositif impose que les contrats d’image soient centralisés par les clubs et plafonnés à 30 % de la rémunération totale du joueur. L’objectif : encadrer les pratiques et limiter les montages exotiques parfois observés dans certains clubs.

Pour plusieurs dirigeants, sortir de ce cadre reviendrait à replonger dans une zone grise juridiquement risquée, notamment vis-à-vis de l’Urssaf.

Le cas du Stade Toulousain sous surveillance

Le paradoxe est notable : le Stade Toulousain, qui possède certains des joueurs les plus médiatiques du championnat comme Antoine Dupont et Anthony Jelonch, utiliserait peu le dispositif légal existant.

Ce choix interroge, d’autant plus que le club a récemment été sanctionné dans le cadre du recrutement de Melvyn Jaminet. L’accumulation de dossiers place désormais l’institution sous une attention accrue des autorités financières du rugby.

Au-delà des cas individuels, c’est tout un modèle économique qui se retrouve questionné.

Le débat autour du droit à l’image dépasse largement le cas d’Antoine Dupont et d’Anthony Jelonch. Il révèle une tension permanente entre compétitivité sportive et conformité juridique.

À l’heure où les finances du rugby professionnel sont scrutées avec une rigueur croissante, jouer avec les règles sociales pourrait coûter bien plus cher qu’un simple redressement. L’iceberg est peut-être encore loin d’avoir livré toute son ampleur.