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Donald Trump, ici en décembre 2025, a abrogé, ce jeudi 12 février, le « constat de mise en danger », un texte fondateur dans la lutte contre le dérèglement climatique.
C’est la dernière bataille en date de la « guerre contre la science » menée par Donald Trump. Le président des États-Unis a abrogé, ce jeudi 12 février, le « constat de mise en danger » (« Endangerment finding »), un texte fondateur dans la lutte contre le dérèglement climatique. Ce revirement est une victoire idéologique pour sa base « MAGA » (« Make America Great Again »), mais porte surtout un grave coup à la lutte contre la crise climatique mondiale.
L’« Endangerment finding » avait été adopté en 2009 par l’Agence de protection de l’environnement (EPA), sous la présidence de Barack Obama donc. Le texte reflétait le consensus scientifique selon lequel les gaz à effet de serre (GES) émis par l’Homme réchauffent la planète. Il servait aussi à justifier différentes réglementations – à l’image des normes d’émissions des voitures – destinées à atténuer les conséquences liées au changement climatique (vagues de chaleur, catastrophe naturelle…), rappelle Euronews.
Grand défenseur du pétrole et du charbon, le locataire du Bureau ovale souhaite donc faire sauter l’encadrement des émissions de GES pour les constructeurs automobiles ou les centrales électriques. Un projet mené en concertation avec Lee Zeldin, un ancien élu républicain au Congrès nommé par Donald Trump en personne à la tête de l’EPA, qui a critiqué ses prédécesseurs des administrations démocrates, affirmant qu’ils étaient « prêts à mener le pays à la faillite » dans leur lutte contre le changement climatique. « Cela a coûté beaucoup d’argent aux Américains », a-t-il encore fait savoir, vantant une diminution à venir du prix des véhicules de 2 400 dollars en moyenne, sans aucune étude à l’appui.
Une bataille politique aux États-Unis…
Comme le patron actuel de l’EPA, de nombreux républicains climatosceptiques applaudissent cette abrogation. « La loi sur la qualité de l’air a été utilisée comme une arme par les administrations démocrates pendant des années. Cette action prend des mesures pour empêcher les réglementations qui limitent l’accessibilité financière, la sécurité énergétique et le choix des consommateurs dans tout notre pays », avait salué Shelley Moore Capito, élue de Virginie-Occidentale à la Chambre des représentants, après l’annonce de la mise à mort du texte.
Dans le même camp, le représentant du Texas Brian Babin, avait lui salué : « Le président Trump et l’administrateur Zeldin tiennent leur promesse de ramener des emplois et de rétablir le bon sens… »
Les contradicteurs démocrates répondent que le bénéfice pour l’économie lié à la dérégulation est court-termiste, néglige des coûts bien plus élevés liés à la santé, à l’environnement et aux dégâts climatiques. « Cette mesure est illégale, fait fi des données scientifiques et nie la réalité… Nous continuerons à nous battre pour protéger les Américains de la pollution », a ainsi tancé le gouverneur démocrate de Californie, Gavin Newsom.
… Aux graves conséquences pour la planète
Or la mise à mort de l’« Endangerment finding » n’est pas seulement une victoire idéologique des républicains sur les démocrates. C’est bien plus grave qu’une bataille politique. Il s’agit en premier lieu d’un coup de frein énorme aux politiques climatiques mises en place par les États-Unis, premier contributeur historique d’émissions de CO2.
Avec la fin du « constat de mise en danger », la contribution américaine au réchauffement global de la planète ne va faire qu’augmenter. La suppression du texte envoie également un signal politique fort : si l’un des plus gros pollueurs est aussi permissif, cela peut être utilisé par d’autres gouvernements pour justifier un ralentissement de leurs propres efforts. D’autant que les États-Unis ont une influence majeure sur l’industrie automobile mondiale, les investissements énergétiques et les marchés pétroliers et gaziers.
Lors d’une conférence de presse en janvier, Manish Bapna, président-directeur général de l’ONG américaine de protection de l’environnement Natural Resources Defense Council, a qualifié l’abrogation de « plus grande attaque de l’histoire des États-Unis contre l’autorité fédérale chargée de lutter contre la crise climatique ».
« De plus en plus de personnes souffrent des inondations dévastatrices au Texas et en Caroline du Nord, des terribles incendies autour de Los Angeles, en passant par les vagues de chaleur record. Supprimer la conclusion sur la mise en danger revient à nier ces événements et l’existence même du changement climatique », a insisté Manish Bapna, cité par NBC. Partageant cet avis, mille scientifiques et experts ont appelé Donald Trump à la raison – sans succès – dans une lettre publique adressée en septembre à l’EPA : « Les preuves scientifiques relatives au changement climatique causé par l’homme et à ses conséquences étaient sans équivoque en 2009 et, depuis lors, elles sont devenues encore plus alarmantes et convaincantes. »
Ce retour en arrière survient alors que 2025 a été la troisième année plus chaude jamais enregistrée sur Terre. Dans le même temps, ces douze derniers mois, Donald Trump a retiré les États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat, lancé des forages tous azimuts et coupé les fonds à la recherche. Pour autant, des associations de défense de l’environnement ne baissent pas les bras et ont fait savoir qu’elles contesteraient ce retour en arrière devant la justice.