La France est en « crue généralisée », a prévenu vendredi 13 février 2026 l’organisme de surveillance Vigicrues. La Gironde et le Lot-et-Garonne, placés en vigilance rouge dès mercredi, ont été maintenus à ce stade d’alerte pour vendredi et samedi, avec des niveaux qui « vont continuer de progresser jusqu’à dimanche », selon le dernier bulletin de vigilance en date. Samedi, une vingtaine d’autres départements ont été placés en vigilance orange, de l’Aisne à l’Aude en passant par le Morbihan, l’Indre-et-Loire et les Deux-Sèvres.

Pas de retour à la normale dans les prochains jours

Et l’épisode n’est « pas du tout terminé » en raison de nouvelles pluies attendues, selon Lucie Chadourne-Facon, directrice de Vigicrues. « Les perturbations qui arrivent vont réalimenter les crues. Donc on n’est pas du tout dans une logique de retour à la normale dans les jours qui viennent », a-t-elle averti lors d’une conférence téléphonique organisée par le ministère de la Transition écologique.

Après la tempête Nils, qui a causé au moins deux morts en France et fait de nombreux dégâts matériels, Météo-France a relevé de « forts cumuls » de pluies « sur des sols déjà détrempés », avec par endroits 60 à 100 mm de mardi à jeudi, « localement 150 mm en 72 heures », notamment sur le Massif central, le Périgord et la vallée de la Garonne. Les tronçons de ce fleuve situés entre Agen (Lot-et-Garonne) et Langon (Gironde) sont particulièrement surveillés. Des évacuations limitées d’habitants ont eu lieu vendredi sur ses rives, la crue inondant partiellement plusieurs communes.

À Aiguillon (Lot-et-Garonne), bourg d’environ 4.000 habitants, la municipalité a ainsi mis en œuvre des évacuations préventives, avant le pic attendu samedi. « Il vaut mieux prévoir le pire plutôt que de se retrouver à agir dans l’urgence », justifie le maire, Christian Girardi. « On ne peut pas obliger les gens à évacuer mais, pour ceux qui voudront, nous sommes prêts. On a réquisitionné le gymnase, installé des lits de camp, commandé des plateaux-repas. » Vendredi en milieu d’après-midi, une trentaine de personnes seulement y avaient trouvé refuge. « Ce matin, on avait de l’eau un peu plus haut que la cheville dans la cuisine, tout l’électroménager était tombé en panne. On ne pouvait pas rester avec les enfants », a raconté Soraya, mère de famille de 34 ans.

Nombre d’habitants préféraient cependant rester chez eux, rompus à ces épisodes. « Moi je ne bouge pas, j’habite là depuis 1985, j’ai vu des crues supérieures à 10 m et on n’a jamais évacué », relatait Nicole Soullier, 66 ans, alors que la crue actuelle ne devrait pas atteindre ce niveau.

260.000 foyers sans courant

« On est sur un phénomène d’une ampleur exceptionnelle […], c’est quasiment l’ensemble du territoire qui est concerné », a souligné Mathieu Lefèvre, ministre délégué chargé de la Transition écologique, dans les locaux de Météo-France. Et ces crues ralentissent le travail des techniciens venus rétablir les réseaux malmenés par Nils, comme l’explique Eric Van der Vliet, directeur territorial d’Enedis pour la métropole bordelaise, présent jeudi sur un chantier de réparation. Vendredi soir, 70 % des clients avaient pu être réalimentés en électricité au niveau national, mais plus de 260.000 foyers restaient privés de courant, selon Enedis.