Ce dimanche (16h10), le XV de France se déplace à Cardiff dans le cadre de la 2e journée du Tournoi. Seule attraction côté gallois, le supersonique arrière porte sur ses épaules tous les espoirs d’une nation endolorie.
Son annonce avait fait grand bruit. En janvier 2024, quelques jours seulement avant l’ouverture du Tournoi des six nations, l’international gallois, et superstar, Louis Rees-Zammit affirmait tirer un trait sur sa carrière de rugbyman. Pour se lancer un défi démesuré : rejoindre les États-Unis et espérer intégrer la NFL, prestigieuse compétition de football américain. Un choix aussi soudain que surprenant et une reconversion qui avait suscité de nombreux doutes. Bien fondés.
Un an et demi plus tard, après avoir échoué à atteindre son objectif – en ayant signé deux contrats avec les Kansas City Chiefs puis les Jacksonville Jaguars, mais sans jamais jouer de match officiel pour l’une de ces deux franchises -, «LRZ» a mis fin à son aventure. Terminé le rêve américain, l’enfant prodige est rentré au pays. «J’ai juste eu l’impression que j’étais en train de gâcher mon talent là-bas, affirmait l’ailier international, l’été dernier, en conférence de presse. J’y ai donné le meilleur de moi-même, mais c’est très difficile de se faire une place en NFL. Je m’entraînais très peu avec l’équipe et j’ai fini par en avoir marre…»
L’espoir d’un pays
Un grand retour accueilli avec allégresse au pays de Galles, alors que le XV du Poireau connaît l’une des périodes les plus sombres de son histoire (11e du classement World Rugby et seulement 2 victoires sur ses 24 derniers matches). Rees-Zammit, qui a explosé très jeune au plus haut niveau, avait conquis une certaine renommée sur la planète rugby avant de traverser l’Atlantique. Vainqueur du Tournoi des six nations en 2021 à seulement 20 ans – avec 4 essais inscrits en cinq matches -, l’ancien de Gloucester avait été sélectionné avec les Lions britanniques et irlandais pour la tournée en Afrique du Sud de la même année.
Très demandé sur le marché des transferts depuis son «come-back», le joueur de 25 ans s’est finalement engagé, en août dernier, avec les Bears de Bristol, en Premiership. Et le jeune Gallois, qui aurait également pu jouer pour l’Angleterre, n’a pas tardé à reprendre ses bonnes habitudes. Déjà huit essais inscrits cette saison en 15 apparitions pour «Rees-Lightning» – surnom donné en référence à sa pointe de vitesse affolante, 37,9 km/h atteints en match -, qui ne semble pas avoir régressé après son escapade américaine. Mieux, il pourrait être devenu un joueur encore plus complet.
Il faut espérer que sa vitesse et sa capacité à relancer les ballons permettront de raviver ce rugby de mouvement qui a longtemps été la marque de fabrique du pays de Galles
Mike Pearce, journaliste gallois
Excellent face à l’Angleterre lors de la première journée du Tournoi samedi dernier (malgré une lourde défaite 48-7), l’ailier, repositionné à l’arrière – il a joué ses six derniers matches au poste de numéro 15 et pourrait s’y installer, en club, comme en sélection -, a surnagé, franchissant à plusieurs reprises et remuant vents et marées dans la défense anglaise. Il est aujourd’hui le seul élément digne du niveau international au sein du XV du Poireau, l’habituel capitaine Jac Morgan étant blessé.
«C’est l’un des rares joueurs qui amènent un peu d’enthousiasme quand ils touchent le ballon», plante Mike Pearce, journaliste gallois. «Le poste d’arrière semble lui correspondre, et il faut espérer que sa vitesse et sa capacité à relancer les ballons permettront de raviver ce rugby de mouvement qui a longtemps été la marque de fabrique du pays de Galles».
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Confirmation du principal intéressé, dans les colonnes du journal The Guardian : «Je pense avoir développé mon agilité. Dès que je vois la moindre brèche, je peux tenter le coup et utiliser mon jeu de jambes pour franchir. Avant, j’étais très dépendant de ma vitesse. Aujourd’hui, j’ai plus de variété dans mon jeu.» Preuve que son passage aux États-Unis a eu du bon. Capable d’enchaîner les courses à très haute intensité, Louis Rees-Zammit (1,91 m pour 100 kg) est un finisseur hors du commun qui développe une puissance impressionnante pour se défaire des défenseurs adverses. Sa principale ambition ? «Me lever chaque matin et tenter d’être le meilleur joueur de rugby au monde. Je pense avoir les capacités et les compétences pour y parvenir».
Croustillant duel avec Louis Bielle-Biarrey
Sur le chemin qui le mène à ce statut, Louis Rees-Zammit se confrontera au meilleur ailier du moment, ce dimanche au Principality Stadium de Cardiff, en la personne d’un autre Louis : la fusée tricolore Bielle-Biarrey. Deux des joueurs les plus rapides du rugby mondial – «LBB» est déjà monté à 37,8 km/h en match – qui s’étaient déjà croisés en janvier dernier à l’occasion de Bristol-UBB. Pour une première manche remportée haut la main par le Français (triplé et bonus offensif offert aux Unionistes dans les dernières secondes).
Si le XV du Poireau ne possède qu’une infime chance de s’imposer, devant un stade qui ne fera même pas guichets fermés (environ 55 000 supporters sont attendus sur une capacité de 72 000 places), quelques éclairs de la star britannique donneront certainement du baume au cœur à des supporters qui n’ont plus beaucoup de branches auxquelles se raccrocher. Dans le sillage de Louis Rees-Zammit, le rugby gallois rêve d’apercevoir enfin un bout de lumière.