L’ère du télétravail semble toucher à sa
fin pour les cols blancs de Stellantis France, désormais invités à
retrouver le chemin des open spaces de manière plus régulière.

Environ 8 500 collaborateurs sont concernés par ce retour vers
un rythme de trois jours de présence physique par semaine au sein
des différents sites du groupe. Déjà appliqué au centre technique
de Belchamp, ce nouveau mode de travail s »étendra prochainement au
Green Campus de Poissy une fois les surfaces disponibles. La
direction justifie son choix par le besoin de renforcer la cohésion
et d’accélérer les prises de décision.

Le grand retour au bureau

Le bureau à domicile n’a plus vraiment la cote auprès des
décideurs. Après des années marquées par une certaine souplesse,
héritée de la période sanitaire mais aussi d’un passé plus lointain
chez l’ex-Groupe PSA, le curseur est en train de se déplacer chez
Stellantis.
On se souvient qu’au début de la décennie précédente, le fameux
Nouveau Contrat Social avait ouvert la voie à cette organisation
flexible. Mais aujourd’hui, le groupe
franco-italo-américain semble vouloir refermer cette parenthèse, ou
du moins en limiter l’ampleu
r. Ce changement de cap ne
concerne pas une poignée de cadres, mais bien un contingent de 8
500 salariés répartis sur l’ensemble du territoire national. Ce
n’est pas une exception française, puisque le mouvement a déjà été
amorcé avec une certaine vigueur aux États-Unis. C’est un moment
souvent délicat dans la vie d’une entreprise, car pour beaucoup,
l’habitude de travailler depuis chez soi s’est installée
durablement, modifiant les équilibres entre vie privée et vie
professionnelle.

Pourtant, pour la hiérarchie de Stellantis, ce retour est
présenté comme une nécessité absolue pour
maintenir la flamme de la performance collective. Les interactions
entre collègues, ces discussions informelles autour d’un café ou
les réunions de travail improvisées au coin d’un bureau,
sont de nouveau perçues comme le moteur essentiel de la
créativité
. On entend souvent dire en interne que la
capacité à décider rapidement et à innover se nourrit de ces
échanges réels, impossibles à reproduire totalement derrière un
écran d’ordinateur ou lors d’une visioconférence. C’est une vision
de la culture d’entreprise qui revient aux sources, privilégiant le
contact humain pour solidifier les fondations du groupe dans une
période où la concurrence ne laisse aucun répit.

Entre Belchamp et Poissy, une mise en place au rythme du
terrain

Ce retour à une présence physique se fait par étapes, au gré des
capacités d’accueil des différents sites. Au centre technique de
Belchamp par exemple, la transition est déjà bien entamée.
Depuis le 1er janvier, les salariés concernés par le
télétravail y sont présents trois jours par semaine
. Du
côté du
Green Campus
de Poissy, la situation est différente. Si la
volonté de passer à trois jours de présentiel est identique, elle
se heurte encore à des contraintes de place. Les équipes
attendent l’ouverture de nouvelles surfaces dans les prochaines
semaines pour pouvoir accueillir tout le monde dans de bonnes
conditions
.

Cette approche se veut progressive, comme le promet la
direction, consciente que bousculer les modes de travail peut
soulever des interrogations légitimes chez les collaborateurs. On
ne change pas les habitudes de milliers de personnes d’un simple
claquement de doigts, surtout quand l’organisation familiale a été
bâtie autour de la flexibilité du travail à domicile.Cette nouvelle
politique du groupe intervient dans un climat particulièrement
dense. Avec l’annonce d’un plan de remise à plat sur
l’
électrique,

représentant un engagement financier de 22 milliards d’euros
,
chaque minute et chaque idée comptent. Pour réussir cette mutation
vers le zéro émission, le groupe estime qu’il a besoin de toutes
ses forces vives, réunies au même endroit, pour affronter les
obstacles d’un marché automobile en pleine transformation.
Le 21 mai prochain sera d’ailleurs une date charnière avec
la présentation du nouveau plan industriel
, qui devrait
confirmer cette trajectoire de resserrement des équipes autour des
projets phares.D’un point de vue social, les discussions avec les
syndicats s’annoncent denses. Les représentants du personnel
veilleront sans doute à ce que cette exigence de présence ne
devienne pas une source de stress supplémentaire ou une perte de
confort trop brutale pour les salariés. La direction assure être à
l’écoute et vouloir faire preuve de pédagogie, expliquant que la
qualité du travail en équipe est le seul socle solide pour
affronter l’avenir.