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À Marseille, dans les quartiers où la pauvreté bat des records, le scrutin municipal de mars semble appartenir à un autre monde. Entre le bilan de Benoît Payan (DVG, ex-PS) et l’offensive de Sébastien Delogu (LFI) dans les cités, les habitants des 3e et 15e arrondissements oscillent entre espoir et indifférence.

À la sortie du métro Gèze, entre les bus qui s’enchaînent pour irriguer les quartiers Nord et les toiles de chantier taguées, le trafic de cigarettes de contrebande et la vente à la sauvette tournent à plein régime. C’est le décor quotidien d’un 15e arrondissement où 44 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. À près d’un mois des municipales (15 et 22 mars 2026), certains ignorent même qu’un scrutin se prépare, alors que la gauche tente désespérément d’ériger ces cités en bastion électoral.

Samir*, 26 ans, sort du métro d’un pas pressé. Quand on lui parle du scrutin, il semble surpris. « Voter ? Je ne savais même pas qu’il y avait un vote le mois prochain. Chez moi, on ne calcule pas la politique. On fait nos affaires, on essaie de s’en sortir en travaillant et c’est tout. » Les affiches ? Il en a vu quelques-unes ces dernières semaines, mais sans s’y attarder. Pour lui, comme pour beaucoup ici, la politique ça ne le « concerne pas ».

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Même constat dans le 3e arrondissement, considéré en 2020 par l’Observatoire des inégalités comme l’arrondissement le plus pauvre de France. Au milieu des façades décrépies, Myriam*, maman d’une petite fille de 4 ans, semble très dubitative. « Je ne sais même pas qui se présente. J’ai vu des affiches, des prospectus… De toute façon, les élections ça ne change pas trop notre quotidien », lâche-t-elle, incapable de citer la date du scrutin.

Payan contre Delogu

Pourtant, au milieu de l’indifférence, quelques noms finissent par résonner dans les quartiers. D’abord celui de Benoît Payan. Le maire sortant DVG (ex-PS), qui repart sans LFI sous la bannière du Printemps marseillais, peut compter sur des habitants comme Renaud*. « Regardez par vous-même ! » souffle ce retraité de 84 ans, la silhouette cassée sur sa canne, en pointant du doigt le nouveau tramway tout neuf. « Moi, je suis très content de ce qu’il a fait. Je vais voter pour lui. »

Le nom de Sébastien Delogu revient également avec insistance. Ancien chauffeur de taxi devenu figure de proue de LFI, le député mise tout sur son ancrage dans les quartiers Nord pour bousculer le scrutin. Un pari qui pourrait porter ses fruits auprès des nouveaux électeurs comme Lyna*, 18 ans : « On m’a donné un tract pour lui un jour à la sortie d’un métro. Je l’ai aussi vu sur les réseaux sociaux. Je trouve qu’il parle bien, il dénonce vraiment ce qui ne va pas ici. »

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Abdel*, agent de sécurité de 35 ans, reste plus sceptique. « Je l’ai croisé à la gare routière la dernière fois et je l’ai accosté pour lui souhaiter ‘bon courage’, j’ai vu quelques-unes de ses vidéos sur TikTok. Mais son programme ? J’y connais rien du tout. Gauche, droite… Je ne sais même pas ce qui est ‘bien’ là-dedans. » Pour lui, peu importe l’étiquette : « Tout ce que je veux, c’est que ça change. »

Selon le dernier sondage OpinionWay** pour Le cercle des Élus Locaux, réalisé entre les 6 et 12 janvier 2026, Sébastien Delogu arrive en dernière position avec 14 % des intentions de vote et arracherait ainsi sa qualification pour le second tour. Dans cette course à quatre, il reste distancé par la candidate de la droite et du centre Martine Vassal (20 %) et surtout par le duo de tête, Benoît Payan et Franck Allisio (RN), au coude-à-coude avec 31 %.

‘Votez pour qui vous voulez, mais votez !’

Mais le vrai candidat en tête ici, c’est l’abstention. En 2020, dans ces secteurs, moins de 30 % des inscrits s’étaient déplacés. Un rejet massif que tente de combattre Kader Benayed. Avec des copains d’enfance, il a formé le collectif KGBS aux initiales des quatre cités où ils ont grandi (Kallisté, Granière, Bourrely, Solidarité). « Il y a un rejet de la politique plus fort ici qu’ailleurs », constate-t-il.

Le collectif a notamment sillonné les cages d’escalier pour « aider les habitants à s’inscrire sur les listes électorales » tout en leur expliquant « les compétences de chaque institution ». « La deuxième étape, c’est désormais de les convaincre d’aller voter. On leur rabâche : ‘Votez pour qui vous voulez, mais votez !' ».

*Les prénoms ont été changés.
**Enquête réalisée auprès d’un échantillon de 934 personnes, représentatif de la population marseillaise âgée de 18 ans et plus.