Sa seule présence à l’audience aura été la vidéo prise par son père la montrant inconsciente, agonisante, quasiment morte, et ses gémissements, issus de la bande-son de l’appel de sa mère au Samu, alors qu’elle souffrait depuis trente-trois heures. Elle a reçu des coups de poing, des gifles et des secouements répétés dès les premiers jours de sa vie. Ce qu’elle a vécu est insoutenable, inhumain. Son calvaire a pris fin deux mois après sa naissance, le 18 janvier 2023.
Ce vendredi 13 février, Samuel Pereira, 24 ans, a été condamné à vingt-deux ans de prison par la cour d’assises de Pau. Mairi Jauregui Ibarzabal, 21 ans, a été condamnée à quinze ans. Le père a été reconnu coupable d’avoir commis des violences volontaires habituelles ayant entraîné la mort sans intention de la donner, et de non-assistance à un mineur en danger. La mère a été reconnue coupable de privation d’aliments et de soins d’un mineur, et acquittée pour les violences. Conscients de l’état critique de leur fille trois jours avant sa mort, ils n’ont rien fait pour la sauver. Ils se sont accusés mutuellement au procès.
Inexplicable
Le flou de ces trois jours de procès s’est dissipé à l’aune des réquisitions. « Ils ont été très forts pour tirer tout le monde vers le fond », estime l’avocate générale, Caroline Parizel. Car rien n’a permis d’expliquer ce qu’ils ont fait. Aucun trouble psychiatrique, aucune personnalité violente, aucun antécédent judiciaire. Les deux ont bien eu une adolescence difficile, l’un mis à la porte par ses parents à 15 ans, l’autre dépressive après un harcèlement scolaire, mais rien qui n’expliquerait une telle violence envers son propre enfant, pourtant désiré.
« Ils ont commis le crime le plus intolérable pour notre société. Existe-t-il un être plus vulnérable qu’un nouveau-né ? »
Que s’est-il réellement passé dans cette chambre insalubre de la maison de la grand-mère maternelle à Hendaye, au Pays basque, pour que la petite Effie meure à 2 mois de traumatismes crâniens et de multiples fractures, d’hématomes et d’un état de dénutrition ? « Personne ici ne le saura véritablement. Personne ne peut imaginer une telle horreur », pose l’avocate de l’accusée, Me Cloé Irigoin-Carricaburu, en s’adressant aux jurés, leur expliquant qu’on « ne condamne pas avec des peut-être ».
Morte dans l’indifférence
Progressivement s’est dessiné à l’audience un schéma où le père donnait les coups et la mère n’osait rien dire par peur de lui ou par amour. Cette version de la mère est soutenue par le parquet. Dans ses réquisitions, l’avocate générale, Caroline Parizel, a tout de même souligné que Mairi Jauregui Ibarzabal « a fait le choix de ne rien faire » et a « privilégié son conjoint plutôt que l’enfant », réfutant toute emprise du père sur la mère.
« Ils ont commis le crime le plus intolérable pour notre société. Existe-t-il un être plus vulnérable qu’un nouveau-né ? Ses deux parents sont devenus ses bourreaux, ses tortionnaires. Effie est morte dans l’agonie et l’indifférence la plus totale », a martelé l’avocate générale. Puis elle a retracé les « trois derniers jours d’agonie » de la petite. Les médecins ont évalué les souffrances du bébé à sept sur sept sur leur échelle de la douleur. Pour convaincre les jurés, elle a posé devant eux une photo d’Effie dans un petit cadre. Elle avait requis vingt-cinq ans de prison contre le père et vingt ans contre la mère.
« Papa inadapté »
Selon Me Cloé Irigoin-Carricaburu, « il n’y a aucun élément permettant d’établir les violences de la mère ». Elle a reconnu la non-assistance d’un mineur en danger, mais pas la privation d’aliments et de soins, un crime ajouté par le parquet à l’audience. « Mairi s’est inquiétée dès le début de l’état de sa fille, assure-t-elle. N’oubliez pas qu’elle n’avait que 18 ans, avec ses troubles, sa dépression et ses conflits familiaux. Elle n’avait pas conscience qu’elle protégeait son compagnon. » Pour elle, sa cliente était « clairement sous emprise » et subissait « des violences coercitives ».