Un patron sexiste et son employée méprisée échouent sur une île déserte dans « Send Help », nouveau film de Sam Raimi. A cheval entre le récit de survie, la satire burlesque et l’horreur outrancière, le résultat, sacrément jubilatoire, chahute les rapports hiérarchiques.

Des personnages antagonistes échoués sur une île déserte où la nature va se charger de bouleverser les règles sociales, on en a vu des tonnes. Jusqu’au récent « Sans filtre », Palme d’or de Ruben Östlund qui avait ricané d’ultra-riches dont la survie dépendait du bon vouloir d’une dame pipi philippine pas si altruiste que ça.

Si l’on pense fortement à cet exemple en voyant « Send Help », le nouveau film de l’auteur d' »Evil Dead », des premiers « Spider-Man », et du grinçant « Jusqu’en enfer », le résultat évite heureusement la satire misanthrope un peu simpliste et s’émancipe de sa situation dramaturgique plutôt balisée grâce à son héroïne surprenante, tour à tour naïve, agaçante, brillante, combative et machiavélique.

Une employée humiliée

Employée mal fagotée du service stratégie et planification d’une entreprise où ses talents professionnels sont invisibilisés par des collègues masculins qui l’humilient et la rabaissent, Linda Liddle (Rachel McAdams) voit son espoir d’une promotion laminé par son nouveau patron, Bradley (Dylan O’Brien), fils à papa méprisant qui nomme un ami et partenaire de golf au poste qu’elle convoitait.

Après un accident d’avion, Linda se retrouve seule rescapée sur une île déserte, avant de découvrir le corps échoué de Bradley. Adepte de survivalisme, elle s’avère parfaitement dans son élément et parvient sans peine à trouver de l’eau et de la nourriture. L’occasion pour Linda de prouver à Bradley, qui n’accepte pas d’être dépendant de sa subalterne, qu’il ne doit sa survie qu’à ses compétences exceptionnelles.

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Le féminin domine le masculin

A partir de ce contexte où les rapports hiérarchiques sont inversés, Sam Raimi orchestre, avec un humour corrosif et quelques belles saillies de sang et de vomi, le duel ambigu entre cette femme qui se révèle, et se magnifie, au contact d’une jungle sauvage et ce patron aussi fourbe qu’immature.

Moins film de vengeance que démonstration de la supériorité de l’instinct de survie féminin face à la lâcheté et la paresse affligeante du mâle plus très dominant, « Send Help » puise sa singularité dans la complexité de son héroïne qui échappe autant aux clichés qu’aux simplifications morales. Une Linda plus tordue qu’attendu, capable du meilleur comme du pire, incarnée avec une jubilation contagieuse par l’excellente Rachel McAdams, cœur palpitant de cette fable volontairement outrancière, d’une amoralité réjouissante, rappelant qu’il ne faut jamais confondre la gentillesse avec de la faiblesse.

★★★★☆

Rafael Wolf/aq

« Send Help » de Sam Raimi, avec Rachel McAdams, Dylan O’Brien. A voir dans les salles depuis le 11 février 2026.