Ils continuent de s’investir, d’accueillir et de recevoir les clients, comme si de rien n’était. Mais les brassards et les affichettes « Bientôt au chômage » ou « employé en colère » montrent bien leur colère. Les soixante-dix-sept salariés du magasin Alinéa d’Herblay-sur-Seine (Val-d’Oise) comptent les jours et voient l’échéance se rapprocher inexorablement. L’enseigne d’ameublement a en effet été placée en redressement judiciaire en novembre dernier.
Si les repreneurs ont jusqu’au 2 mars pour formuler leur offre, la plupart des 35 magasins du groupe devraient fermer leurs portes courant mars. Et l’horizon s’est encore assombri ce jeudi, lorsqu’une holding qui s’était portée candidate pour reprendre une partie des boutiques s’est finalement retirée. Au grand dam des salariés, dont certains n’ont pu retenir leurs larmes au moment de l’annonce.
Le magasin d’Herblay, comme ceux de Melun (Seine-et-Marne) ou Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne), n’étaient pas concernés par ce repreneur. Sur place « on n’y croit plus », peste Virginie Plessis. Elle est vendeuse depuis treize ans : « Maintenant, on se bat surtout pour obtenir une indemnité de licenciement supra légale. »
« À près de 50 ans, c’est difficile de retrouver du travail »
« Vous allez vraiment fermer ? » interroge un client ce vendredi, alors que plusieurs salariés ont débrayé – comme la semaine dernière – pendant plusieurs heures. « On s’attendait au pire, et ça se confirme, souffle Rachid Mjahed, délégué syndical CFDT et membre du CSE, présent depuis sept ans sur le site d’Herblay. Il y a un sentiment d’abandon. On s’est donné à fond et, aujourd’hui, on nous prend pour des pions. Il y a des gens qui ont tout donné, ce n’est pas possible de les laisser comme ça. »
Plusieurs d’entre eux sont présents depuis l’ouverture de ce qui était le premier magasin de l’enseigne en Île-de-France, en 2002. « J’ai fait l’ouverture, je vais faire la fermeture, soupire Sandrine De Souza, responsable de service. On a connu des changements de cap, la conjoncture difficile, mais nous sommes restés fidèles à nos valeurs. Les équipes sont encore hyper investies, on refait les décorations tous les jours. »
Pour Victor Lopes Depina, la page est dure à tourner. « J’avais un peu travaillé avant, mais j’ai fait quasiment toute ma carrière ici, lâche le magasinier. J’ai 48 ans. Maintenant, on ne sait pas ce qu’on va devenir. À près de 50 ans, c’est difficile de retrouver du travail. Ce sont des décisions qui touchent toutes nos familles. » Pour Sandrine Hoarau, membre du CSE et du CHSCT, « il faut tout recommencer à zéro ». Elle est salariée depuis l’ouverture en 2002, « toute une vie ».
Des salariés dénoncent les « mauvaises orientations »
Chez Alinéa depuis 2006, Taieb Cheurfi a déjà connu la fermeture d’un magasin en 2020, après un premier redressement judiciaire, et le chômage, avant d’arriver à Herblay. « Je n’arrive pas à comprendre, déplore le technicien SAV. On nous parlait de projets, d’investissements, et maintenant nous sommes en redressement. C’est inadmissible. Maintenant, on veut de la considération, pour sortir avec dignité. »
Pour les salariés, l’entreprise propriété du groupe Mulliez paie des erreurs de stratégie. « Ils voulaient viser une clientèle plutôt aisée », explique Rachid Mjahed. « L’ameublement n’est pas au beau fixe, mais il y a eu beaucoup de mauvaises orientations, appuie Sandrine Hoarau. Ils ont eu les yeux plus gros que le ventre, et on s’est retrouvés droit dans le mur. Ils visaient une clientèle plus aisée. Je suis très en colère envers les actionnaires. »
Certains pointent également le manque de travaux dans le magasin. « Ils ont beaucoup investi dans les magasins qui ont ouvert plus récemment, et nous avons été délaissés, regrette Virginie Plessis. Si nous ne sommes pas repris, c’est aussi parce que l’investissement est trop important. Il faudrait faire entre trois et cinq millions d’euros de travaux. »
Contactée, la direction d’Alinéa n’a pu être jointe.