Rares sont les livres qui nous font pleurer. Pourtant, les mots de Fleur Breteau y parviennent. Ils rendent triste, fou de rage mais aussi admiratif du combat qu’elle mène. Dans son livre Cancer colère, paru le 6 février aux éditions du Seuil, la fondatrice et porte-parole du collectif du même nom donne un précieux témoignage et des informations sourcées sur les cancers et leurs liens avec l’environnement. Au fil des 272 pages, on reprend quelquefois son souffle face aux chiffres prouvant l’ampleur de l’épidémie mais on poursuit la lecture parce qu’on ne peut plus détourner le regard. Fleur Breteau nous a accordé un entretien.

En quelques mois, vous êtes devenue un symbole de l’opposition à la loi Duplomb. Comment vivez-vous cette exposition soudaine ?

Tout cela me donne une grande force. On est entre 500 et 800 dans le collectif, nos rangs grossissent et j’ai le sentiment que nous représentons l’intérêt général. Quand on prend la mesure de ce qu’il se passe, ça donne de l’énergie. Lors du vote de la loi à l’Assemblée, en juillet dernier, j’ai hurlé mon indignation depuis le balcon qui donnait sur l’hémicycle. Quand j’ai crié « vous êtes les alliés du cancer », je voulais que les députés voient nos corps malades et qu’ils comprennent qu’on ne se laissera pas faire. Ma colère est devenue politique.

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À quel moment avez-vous compris qu’il pouvait exister un lien entre les cancers et l’usage des pesticides ?

Dans les hôpitaux, durant mon traitement, j’ai croisé un grand nombre de boulangers, tous touchés par des lymphomes. J’ai rencontré des agriculteurs malades, des Antillais contaminés par le chlordécone, de jeunes adultes. J’ai découvert la terrible histoire de Laure Marivain, fleuriste, dont la fille est décédée d’un cancer lié aux pesticides. Les enfants sont de plus en plus touchés. Pourquoi ? D’où vient la maladie ? On ne dit pas à un enfant : « C’est de ta faute, tu as trop bu, trop fumé. » La raison est ailleurs. Je voulais comprendre. Toutes ces rencontres à l’hôpital ont été à l’origine de mon combat.

À partir de ces expériences personnelles, comment analysez-vous aujourd’hui l’augmentation des cancers ?

On sait que l’environnement est en cause dans nos maladies, on le sait ! Mais il est plus simple de dire que nous sommes responsables de nos cancers plutôt que d’avouer que le système nous rend malade. Toutes les pathologies ayant une cause environnementale sont en augmentation. Entre 1990 et 2023, le nombre de nouveaux cas de cancers a doublé (selon l’Institut national du cancer, ndlr). En France, nous sommes champions du monde du cancer du sein et six cancers ont été en forte progression chez les 15 à 39 ans entre 2000 et 2020. Les risques augmentent dans toutes les catégories de population, on parle d’épidémie. On ne peut plus seulement pointer…