On connaît tous cette image qui surprend : à 40 ans, visage
tiré, cernes marquées ; vingt ans plus tard, la même personne à 60
ans semble plus fraîche, plus droite, presque rajeunie. Comment
peut‑on objectivement paraître plus jeune à 60 ans qu’à
40 alors que le temps a passé ?
Les études sur l’âge perçu montrent que ce
n’est ni une question de “bons gènes” ni uniquement de cosmétiques,
mais surtout d’habitudes de vie qui finissent par se lire sur la
peau, la posture, le regard. Huit gestes quotidiens reviennent chez
ces sexagénaires qui semblent défier le calendrier, parfois après
un vrai tournant dans leurs années 40.
Bouger, dormir et protéger sa peau : la base visible des 60 ans
qui rayonnent
Autour de 40 ans, beaucoup s’infligent des séances de sport
épuisantes pour “brûler” le gras, puis abandonnent. Celles et ceux
qui paraissent mieux à 60 ans ont changé de stratégie : marche
quotidienne, vélo tranquille, jardinage, danse, yoga… Une étude de
l’université McMaster a montré que des adultes sédentaires de plus
de 65 ans qui pédalaient seulement deux fois 30 minutes par
semaine, pendant trois mois, voyaient la structure de leur peau
rajeunir au microscope de 20 à 30 ans. Ce mouvement plaisant,
régulier, entretient aussi la circulation, le cœur et le
collagène.
Autre virage : la protection solaire et le sommeil. Les UV
seraient responsables d’environ 80 % du vieillissement
cutané visible ; ceux qui ont l’air plus jeunes appliquent
une crème SPF tous les matins, même en ville, et évitent les heures
de plein soleil. La nuit, ils dorment assez pour laisser l’hormone
de croissance réparer les tissus. Une étude a montré que les
mauvais dormeurs présentaient plus du double de signes de
vieillissement intrinsèque, avec une peau qui se répare 30 % plus
lentement. Les chronotypes « du soir » qui se couchent vers 2 heures
représentent 8 % d’un échantillon étudié, avec un risque
d’infarctus ou d’AVC supérieur de 16 % sur quatorze ans, en lien
avec tabac, sédentarité et manque de sommeil régulier. « Ces
résultats montrent que le risque accru de maladies cardiaques chez
les personnes ‘‘du soir’’ est en partie dû à des comportements
modifiables comme le tabagisme. Par conséquent, elles ont la
possibilité d’améliorer leur santé cardiovasculaire en modifiant
leurs comportements », précise ainsi Kristen Knutson, membre de
l’American Heart Association, citée par Sud Ouest.
Assiette, stress et curiosité : ce qui change vraiment le
visage
Les années 40 sont souvent celles des régimes yo‑yo. À
l’inverse, les sexagénaires qui semblent rajeunis mangent surtout
des aliments peu transformés : légumes et fruits riches en
antioxydants, poissons gras et noix pour les
oméga‑3, légumineuses, céréales complètes, bonnes protéines. Une
voisine de 85 ans dit qu’à chaque repas, elle se demande si elle
« nourrit son cerveau ou seulement son appétit », résume cette
voisine, citée par Sain et naturel. Ce type d’assiette limite
l’inflammation chronique et la glycation, ce
phénomène où l’excès de sucre rigidifie le collagène et froisse la
peau.
Côté stress, le changement est radical. Des travaux publiés dans
Brain, Behavior, and Immunity montrent que le
cortisol chronique abîme directement collagène et
élastine. Beaucoup racontent avoir arrêté de “tenir bon coûte que
coûte” pour intégrer chaque jour un sas de décompression :
respiration, marche, méditation, discussion. Une femme qui écrit
quelques lignes le soir explique que cela l’aide à « mettre de
l’ordre dans sa tête » avant de dormir, confie cette amie, citée par
Sain et naturel. Ce temps calme soutient aussi la plasticité
cérébrale, tout comme le fait de rester curieux, d’apprendre une
langue, la photo ou l’informatique.
Mindset, liens sociaux et sens : le
trio discret qui rajeunit l’âge perçu
Les personnes qui paraissent plus jeunes à 60 ans entretiennent
rarement leur jeunesse seules. Une étude de l’université Cornell a
lié des liens sociaux riches à des horloges épigénétiques plus
lentes et à moins d’inflammation. Concrètement, ces personnes
gardent quelques amitiés profondes, participent à un club, un
groupe de randonnée, une association. Elles continuent à poser des
questions, à débattre, ce qui garde le visage vivant et l’esprit
vif.
Leur regard sur l’âge compte aussi. La psychologue Becca Levy a
montré que des croyances positives sur le vieillissement
s’associaient à 7,5 ans d’espérance de vie en plus, et que
seulement 25 % de la façon dont on vieillit serait génétique.
Beaucoup refusent l’idée que tout décline après 40 ans, se donnent
une mission, même modeste : bénévolat, transmission d’un savoir,
aide à des proches. Ce sentiment d’utilité structure la journée,
soutient la posture et laisse, sur le visage, cette impression de
60 ans qui semblent mieux que leurs 40 ans.