Titularisé contre l’Irlande deux semaines après son retour à la compétition, François Cros a pleinement justifié la confiance du staff, prouvant qu’il était bien le chaînon qui manquait…

Trois cent vingt-sept jours. Dix mois et demi que François Cros n’avait plus porté le maillot du XV de France, la faute à une gêne persistante à un genou qui lui avait valu de passer par la case opération en début de saison, sacrifiant sa présence pour les tests de l’automne. Pour une convalescence bien plus longue que prévu, le troisième ligne du Stade toulousain n’étant revenu à la compétition que deux semaines plus tôt, pour une petite demi-heure contre Sale suivie de quatre-vingt minutes contre Pau, et basta. Un temps de jeu famélique, qui n’a pourtant pas empêché Fabien Galthié de ne pas réfléchir une seconde au moment de coucher le nom du flanker du Stade toulousain parmi son XV titulaire face à l’Irlande. Pourquoi ? Pour la même raison qui a poussé Ugo Mola à faire de Cros le seul joueur titulaire lors des sept finales disputées par la génération dorée du Stade toulousain. Parce que le joueur formé à Grenade est indispensable, tout simplement, aux équipes pour lesquelles il joue, de par son appétence pour le travail de l’ombre si forte que même le comité des Six Nations s’y est trompé l’an dernier, en ne le faisant pas figurer dans son XV type des 6 Nations, alors que le staff bleu l’avait à l’unanimité désigné comme son meilleur joueur de la compétition…

Effet domino

On peut reconnaître, toutefois, au comité des Six Nations cette circonstance atténuante, qui veut qu’on ne mesure l’importance de François Cros que lorsqu’il manque à l’appel. En l’espèce, c’est évidemment au mois de novembre que les Bleus en ont pris la mesure, le manque de fluidité de leur jeu à l’automne devant pour beaucoup à l’absence de Cros. « On n’a rien changé par rapport à novembre dernier dans notre organisation, expliquait l’entraîneur de l’attaque tricolore Patrick Arlettaz. Notre système est particulier, où l’on place nos avants sur toute la largeur de la ligne de front. Si le premier temps de jeu des gros est efficace, il n’y a pas nécessité d’un second temps. Et comme nos premiers temps de jeu ont été beaucoup plus efficaces, nos trois-quarts ont eu plus d’opportunités. On s’était beaucoup entraîné pendant dix jours pour aller toucher ce premier intervalle qui nous intéresse. C’est là que la jonction entre avants et trois-quarts s’est faite, avant que ces derniers ne prennent la main. » Une « jonction » dans laquelle Cros s’est avéré primordial, de par son art consommé du premier soutien offensif, sa capacité d’anticipation se mêlant à une technique individuelle parfaite dans les zones de collision, qui permet aux sorties de balle bleues de gagner les dixièmes de secondes qui font, par effet domino, la différence en bout de ligne. « Quand j’arrive sur un ruck et que le ballon peut sortir rapidement, que l’action s’enchaîne et que ça amène à un résultat positif, je sens que j’ai accompli mon rôle, expliquait-il récemment. Pour certains, c’est dur de trouver du plaisir là-dedans, mais pas pour moi. C’est justement dans le registre du jeu sans ballon et de tout ce qui concerne le rôle de premier soutien que je travaille peut-être un peu plus que les autres. » Sa capacité à « mettre les mains » pour ralentir les ballons au sol ou à contre-rucker dans un souci constant du « deuxième effort » ayant quant à elle pesé son poids en défense où les Bleus se sont, comme par hasard, montrés également beaucoup plus compacts qu’en novembre…

1 – Après réception d’un coup d’envoi, les Bleus choisissent de sortir de leur camp au pied par le biais d’Antoine Dupont, fidèles à leur stratégie de laisser le ballon sur le terrain. Cros (cercle rouge) a déjà anticipé le point de chute du ballon, placé dans le couloir des cinq mètres.

1 – Après réception d’un coup d’envoi, les Bleus choisissent de sortir de leur camp au pied par le biais d’Antoine Dupont, fidèles à leur stratégie de laisser le ballon sur le terrain. Cros (cercle rouge) a déjà anticipé le point de chute du ballon, placé dans le couloir des cinq mètres.

2 – Fort de sa vitesse, Bielle-Biarrey est logiquement premier à imposer la pression sur son vis-à-vis. Mais François Cros (cercle rouge) est déjà au soutien, afin de prolonger l’effort de son coéquipier par un contre-ruck, qui place les Irlandais sur le reculoir.

2 – Fort de sa vitesse, Bielle-Biarrey est logiquement premier à imposer la pression sur son vis-à-vis. Mais François Cros (cercle rouge) est déjà au soutien, afin de prolonger l’effort de son coéquipier par un contre-ruck, qui place les Irlandais sur le reculoir.

3 – Après avoir traversé dans l’axe le ruck irlandais, le troisième ligne est même capable de revenir à la charge dans l’axe du ruck, pour un deuxième effort qui le voit nettoyer un soutien irlandais, obligé de manipuler le ballon au sol. De quoi provoquer une pénalité, et valider la sortie de camp.

3 – Après avoir traversé dans l’axe le ruck irlandais, le troisième ligne est même capable de revenir à la charge dans l’axe du ruck, pour un deuxième effort qui le voit nettoyer un soutien irlandais, obligé de manipuler le ballon au sol. De quoi provoquer une pénalité, et valider la sortie de camp.