Elle ne sort plus dîner au restaurant, Sylvie. Merci bien, dit-elle, pour “se faire tuer par une balle”. Elle exagère un peu. C’est Marseille*, c’est vrai, mais ici, dans le VIIe arrondissement, où elle vit, on ne voit guère de malfrats, plutôt des touristes venus des quatre coins du monde et des Parisiens prenant l’apéro.
Officiellement, les Parisiens détestent Marseille, ce qui ne les empêche pas de prendre d’assaut la cité phocéenne, par milliers chaque année : il faut dire que le TGV leur a donné accès aux merveilles de Marseille, la mer et le ciel bleu, des coûts quasiment divisés par deux, et leur a permis de vivre à l’heure du Sud, à trois petites heures de train de la gare de Lyon. Ce sont de jeunes nomades numériques professionnels qui posent leurs valises à la Joliette, au Panier, aux Catalans : en l’espace de quelques mois, le Sud* les transforme en “Parseillais*”, des Parisiens-Marseillais, créatures hybrides entre deux villes qui ne pourraient pas être plus différentes.
Paris est toujours Paris, Marseille la deuxième ville de France, mais la première par les problèmes qui s’y posent : avec son taux de pauvreté de 26 %, elle souffre d’inégalités particulièrement marquées, entre les quartiers difficiles du nord de la ville et d’autres comme le Roucas-Blanc, aux allure