Presque un hôpital sur cinq aux États-Unis a entamé un litige public avec une compagnie d’assurance en 2025. Mais en attendant de régler leurs différents, les patients sont eux parfois priés de reporter leurs soins.
Le mirobolant système de santé américain n’épargne plus personne, même les plus riches. La femme de James Van der Beek, acteur de Dawson décédé ce mercredi d’un cancer colorectal, a dû lancer une cagnotte GoFundMe pour offrir un peu de répit à ses six enfants. « La famille a été confrontée à un challenge émotionnel mais aussi des difficultés financières car ils ont tout fait pour soutenir James et lui apporter les meilleurs soins, peut-on lire en description. Au lendemain de son décès, Kimberley et ses six enfants font face à un futur sombre. Les coûts des traitements de son long combat contre le cancer ont ruiné la famille. »
Et à ceux qui répondent que l’acteur avait accumulé une belle fortune, d’autres rappellent les prix pharamineux nécessaires pour traiter ce genre de chroniques. Une simple coloscopie peut approcher les 4.000 dollars, même avec une assurance premium. Mais comment les Etats-Unis en sont-ils arrivés là? « Ce n’est pas nouveau, les prix ne font qu’augmenter depuis 30 ans », constate Victor Rodwin, professeur émérite de gestion de la Santé à la New York Unversité.
« En Europe, il y a un monopole avec un seul payeur. Aux États-Unis, il y en a plusieurs, qui sont en concurrence. Il n’y a pas de réglementation des prix ni de plafond de reste à charge donc avec des maladies chroniques, qui nécessitent des traitements récurrents, les frais explosent. »
Un hôpital sur cinq a eu un litige public avec une compagnie d’assurance en 2025
Et la situation ne semble pas sur le point de s’améliorer. La situation administrative, déjà complexe, s’embourbe encore un peu plus dans les litiges. Jason Buxbaum, un chercheur de Brown University, a remarqué que 20% des hôpitaux américains ont connu un litige public avec une compagnie d’assurance en 2025.
Les établissements de santé, dont deux tiers sont privés, ont vu leurs dépenses bondir de presque 11% depuis 2024, la faute aux subventions coupées par Washington, et réclament des sommes de plus en plus élevées pour rester rentables. Des factures que rechignent à régler les assurances – dont plus de la moitié est cotée en Bourse et condamnée à être rentables – qui estiment qu’elles ne sont pas justifiées et pèseraient sur leurs bilans. Et pour la première fois, ces conflits deviennent publics.
« Il y a de plus en plus de litiges ces dernières années, constate Jason Buxbaum auprès de NBC. Cela pèse assurément sur les particuliers, qui sont ceux qui en paient les conséquences. »
Car quand les deux parties n’arrivent pas à trouver un accord, les hôpitaux peuvent devenir « out of network » des assurances lesquelles ne remboursent plus les frais engagés. 8% des hôpitaux en litige se sont retrouvés dans cette situation, contraignant des patients suivis depuis des années par les mêmes médecins à repartir de zéro dans un autre hôpital pour ne pas avoir à assumer l’intégralité des frais, souvent intenables.
Des frais démesurés chaque année
Ces frais ont d’ailleurs bondi ces derniers mois outre-Atlantique et certains traitements sont même devenus des produits de luxe, à l’image de l’insuline. Vendue pour 21 dollars en 1996, la même dose d’insuline, destinée aux diabétiques, a flambé aux alentours des 250 dollars. Le prix devrait être régulé d’ici 2027 grâce à une loi promulguée à l’époque par Joe Biden mais la situation a longtemps profité aux industriels, qui ne dépensent que deux dollars à les produire.
Pour les frais médicaux aussi, la note peut exploser. Contraints de faire des profits, les hôpitaux peuvent être amenés à surtaxer des opérations de routine. Il faut par exemple compter presque 600 dollars en moyenne pour un scanner, contre moins de 100 dollars en Europe. Pour une IRM classique, la moyenne tourne autour des 1.300 dollars mais peut grimper jusqu’à 4.000 dollars dans certains établissements, contre moins de 120 dollars en Europe.
« Il faut payer l’investissement des machines et le personnel, argumente Victor Rodwin. Mais comme il n’y a pas de réglementation des prix, c’est une vraie course aux armes et le système de santé coûte de plus en plus cher. »
La situation ne semble pas en passe de s’améliorer dans les prochaines années. L’administration Trump promet de nombreuses coupes dans les subventions, notamment celles datant de l’époque d’Obama. « 30 millions de bénéficiaires auront du mal à se payer une assurance maladie », estime Victor Rodwin.
Autant de personnes qui pourraient avoir à renoncer à des soins. Et ce alors que les politiques de prévention ne cessent de reculer outre-Atlantique. Le gouvernement démantèle les infrastructures de santé publique et des dizaines de milliers d’employés ont été licenciés, tandis que les subventions de certains labos ont été gelés. Le bureau du tabagisme a par exemple été supprimé alors que le tabac est la première cause de mort évitable aux Etats-Unis.
Les vaccins pour les enfants sont désormais dans le viseur de Washington, qui en a retiré six de la liste de recommandations pour les enfants, comme la grippe ou l’hépatite. Conséquence, Tom Frieden, ancien directeur Centres pour le contrôle et la prévention des maladies prévoit 14 millions de morts évitables d’ici 2030, dont un tiers chez les enfants.