Dans cette nouvelle adaptation du roman « Le couperet », déjà porté sur grand écran par Costa-Gavras, un père de famille est prêt à tuer ses concurrents pour retrouver un poste de cadre. Mais « Aucun autre choix », la version de Park Chan-wook sortie le 11 février, s’avère une farce un peu laborieuse.

Yoo Man-soo a tout pour être heureux. Une maison de rêve. Une épouse sublime. Deux enfants et deux chiens, pareillement baptisés. Et un travail de cadre dans une usine de papier. Mais voilà. Son entreprise traverse une crise qui appelle des mesures d’austérité. Yoo est licencié. Et se retrouve contraint d’appliquer ces mêmes mesures d’austérité à sa famille (bye bye l’abonnement Netflix).

Dix-huit mois plus tard, Yoo tente de postuler pour une entreprise japonaise qui innove dans l’industrie du papier. Confronté à plusieurs candidats aussi expérimentés que lui, il décide de les éliminer les uns après les autres dans l’espoir de se faire embaucher.

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Un monde automatisé

On se souvient encore de la précédente adaptation du roman de Donald Westlake par Costa-Gavras, sortie en 2005, avec José Garcia dans le rôle de ce chômeur prêt à tuer pour obtenir un poste de cadre. Une satire très sombre de la violence du monde capitaliste. La relecture du Coréen Park Chan-wook se veut à la fois plus burlesque et plus contemporaine, introduisant dans son récit la question de la robotique et de l’intelligence artificielle.

Il faut voir à cet égard l’image d’un employé jubiler en entrant dans une usine entièrement automatisée, seule présence humaine au sein d’un concert de machines dirigées par l’intelligence artificielle, pour mesurer la dimension pathétique de l’industrie actuelle.

Des hommes obsolètes

On trouvera par ailleurs un intérêt véritable à ce film dont le titre, « Aucun autre choix », désigne ironiquement ces hommes licenciés incapables d’entrevoir une possibilité de remise en question, de changement de voie, de renaissance.

Plus qu’une critique du capitalisme, il s’agit ici d’observer des chômeurs obsolètes qui se raccrochent encore à un monde robotisé qui ne veut plus d’eux. Le symbole du bois qui parcourt l’intrigue devient d’autant plus pertinent, le héros de l’histoire enterrant les cadavres de ses concurrents comme de l’engrais à des arbres destinés à être abattus pour fabriquer… du papier que plus personne n’utilise. Un cycle absurde et mortifère, refermé sur lui-même.

Un film longuet

En dépit de cette thématique qui distingue cette version de celle de Costa-Gavras, « Aucun autre choix » souffre toutefois de deux défauts qui étouffent fortement sa portée. D’abord, une tendance récurrente à s’attarder sur des scènes étirées à outrance, qui donne in fine l’impression d’un récit longuet dépourvu de la sécheresse glaçante du film de 2005. Ensuite, une mise en scène verrouillée dans sa propre virtuosité, plus soucieuse de ses cadres, de sa lumière, de ses couleurs, que de ses personnages dont Park Chan-wook paraît se moquer, tirant la satire du côté de la farce, surplombant un peu trop son sujet qui, en l’état, semble à peine effleuré par le cinéaste.

★★★☆☆

Rafael Wolf/olhor

« Aucun autre choix» de Park Chan-wook, avec Lee Byung-hun, Son Ye-jin, Park Hee-soon. A voir dans les salles romandes depuis le 11 février 2026.