Après en avoir brièvement délibéré, le tribunal a relaxé le jeune homme, avant que, dans un soulagement silencieux, famille et amis ne désertent les bancs de la salle d’audience.

/ Photo d’archives et d’illustration – LP – Nicolas VALLAURI

C’était il y a 5 mois. Après avoir émergé à l’été 2025 sur les réseaux sociaux, l’appel à protester contre la politique d’austérité du gouvernement alors démissionnaire, avait voulu tester le 10 septembre, sa capacité de mobilisation. À l’échelle nationale, 175 000 personnes avaient finalement participé aux 550 rassemblements et 262 blocages recensés.

À Marseille, ils avaient été plus de 8 000 (30 000 selon un membre de l’organisation du 10 septembre et 80 000 selon la CGT), rassemblées sous la bannière « Bloquons tout« , à manifester dans les rues du centre-ville.

Parmi eux, d’Euromed à La Joliette, en passant par la porte d’Aix et les abords de la gare Saint-Charles, le boulevard des Dames, les ruelles du Panier, la rue de la République et le Centre Bourse, jusqu’au Vieux-Port où les vitres de deux fast-foods avaient été endommagées, quelques centaines de manifestants, des jeunes militants d’extrême gauche pour la plupart, tout de noir vêtus, le bas du visage barré par un foulard ou un masque chirurgical, encagoulés ou avec une capuche sur la tête, avaient semé un certain désordre et suscité des salves de tirs de bombes lacrymogènes lancées par les forces de l’ordre.

« Je venais de trouver un emploi dans une librairie »

Cinq mois plus tard, Paul, 25 ans, est descendu de ses terres armoricaines pour répondre des faits de rébellion qui lui valent d’être renvoyé devant le tribunal correctionnel de Marseille. Que faisait ce Breton – qui conteste être un black-bloc – dans la cité phocéenne le 10 septembre dernier ? « Je comptais m’installer à Marseille et je venais d’y trouver un emploi dans une librairie » explique le grand jeune homme aux boucles blondes à la présidente.

Disséminés sur les bancs du public dans la salle d’audience, ses soutiens n’ont pas échappé à la vigilance des agents de sécurité et des policiers réservistes qui veillent à la sérénité des allées et venues dans le tribunal comme à celle des audiences. « Ceux-là, pas sûr qu’ils votent De Villiers » s’est amusé un observateur, un peu plus tôt dans la salle des pas perdus. Avisant la barbe fournie d’un sexagénaire, supporter présumé de Paul, un autre lui trouve « un air de ressemblance avec mon prof d’histoire-géo de 4e ».

Sous contrôle judiciaire depuis 5 mois

À la barre, Paul, placé sous contrôle judiciaire depuis le 10 septembre dernier, est sommé de s’expliquer sur les raisons pour lesquelles il s’est rebiffé lorsque, rue de la Pompe, dans le 12e arrondissement de Marseille, des policiers lui ont mis le grappin dessus. « Vous aviez une partie du visage dissimulé » lui reproche la présidente Cécile Pendaries. « Je me suis protégé des gaz lacrymogènes avec ce que j’avais sous la main, plaide Paul. Je n’ai pas compris que c’étaient des agents de police, je n’ai pas vu d’uniforme ». La présidente concède qu’il s’agissait effectivement de « fonctionnaires en civil », mais lit dans le dossier qu’ils « avaient décliné leur identité ». « Je n’ai pas entendu, assure le prévenu. Il y avait du bruit ».

Sa garde à vue dans les geôles marseillaises a en tout cas dissuadé Paul de s’installer dans la cité phocéenne. À la présidente qui s’interroge sur ses projets d’avenir, il confie être reparti à Vannes et s’apprêter, dès le mois d’avril prochain, à « vendre des légumes sur les marchés ». Manifestement modérément inquiet d’une nouvelle incursion du jeune homme à Marseille – d’autant plus qu’il sera bientôt accaparé par les oignons rosés de Roscoff, cocos de Paimpol et autres artichauts – le ministère public relève sans grande conviction « une rébellion de courte durée, mais qui a existé », avant de réclamer 2 000 euros d’amende.

« Il a eu une réaction de réflexe »

Sans surprise, l’avocate de Paul plaide la relaxe. « C’était sa première manifestation. Les policiers ont voulu créer la surprise, ils sont arrivés de façon très discrète. Il a eu une réaction de réflexe ».

Après en avoir brièvement délibéré, le tribunal a relaxé le jeune homme, avant que, dans un soulagement silencieux, famille et amis ne désertent les bancs de la salle d’audience.