Au téléphone depuis Paris, à la veille d’une projection avec Safdie, Miyako Bellizzi confie son impatience de découvrir la réaction du public international. « Le film n’est pas encore sorti ici, ni en Italie, c’est assez étonnant, dit-elle. Tous ceux à qui j’ai parlé l’attendent avec impatience. Ils trépignent d’impatience avant la sortie. » Elle se montre tout aussi enthousiaste à l’idée de revenir sur son approche de l’authenticité, du personnage et du travail artisanal qui a présidé à la construction de l’univers de Marty Supreme.

Vanity Fair : Comment êtes-vous devenue costumière ?
Miyako Bellizzi : Je n’ai jamais vraiment pensé que ce serait une voie professionnelle pour moi. J’ai commencé dans la mode, dans le menswear, en me disant que je voulais être rédactrice de mode. Le costume n’était pas du tout sur mon radar.

Je faisais beaucoup de vidéos chez Vice, vers 2009 ou 2010. Même pour nos sujets mode, nous n’utilisions jamais de mannequins, toujours de vraies personnes. C’était presque anti-mode, d’une certaine façon. L’un des premiers films sur lesquels j’ai travaillé, c’était Good Time avec Josh et Benny Safdie. Juste après, j’ai fait Patti Cake$, et les deux films sont allés à Cannes l’année suivante. Ça a été une révélation.

Votre travail donne une impression de vécu. On dirait que ces personnages pourraient sortir de l’écran et marcher dans la rue.
J’essaie vraiment de rester authentique. Travailler avec Josh et Benny m’a énormément appris sur l’hyperréalisme et l’immersion totale dans un monde. Pour Uncut Gems, par exemple, j’ai passé près d’un an sur la 47e Rue. Je connaissais tout le monde sur le pâté de maisons. Je les connais encore. Il faut être dedans, entièrement.

Marty Supreme traverse une multitude de mondes distincts. Comment avez-vous abordé la création des costumes pour ces différents univers new-yorkais et au-delà ?
New York était, et reste, un épicentre du monde et de la culture, surtout le Lower East Side à cette époque. C’était souvent la première image qu’avaient les nouveaux arrivants. Je voulais montrer les différentes cultures à l’intérieur de ce monde.

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Odessa A’Zion dans Marty Supreme.

Courtesy of A24.

Une fois que j’ai eu la liste des pays pour les joueurs de tennis de table, j’ai commencé à faire des recherches sur Londres, Tokyo, le Brésil, l’Europe de l’Est, et sur la manière dont ces influences se reflétaient dans leurs tenues officielles. On voit comment tout ça se rassemble dans le Lower East Side, qui est un mélange de tout. Les gens s’y habillaient différemment parce qu’ils étaient influencés par plein de cultures. C’est un peu comme le New York d’aujourd’hui, avec des touches du Japon, de Londres. Mais comment tout combiner ?