Publié le
15 févr. 2026 à 17h27
Des haussements de voix et un échange quelque peu tendu entre le directeur et des syndicalistes qui traduisent une tension patente. En ce samedi 14 février 2026, la fête de la Saint-Valentin avait beau être affichée partout dans les rayons du magasin Monoprix de Malakoff (Hauts-de-Seine), un sentiment d’exaspération prédominait. Quelques jours après l’annonce de la fermeture de cinq établissements de l’enseigne du groupe Casino et le rachat de trois magasins par le hard-discounter Lidl, une dizaine de membres de l’union locale CGT ont bravé le froid pour distribuer des tracts aux salariés et aux clients. Car le Monoprix de Malakoff représente l’un des plus grands pourvoyeurs de postes en Île-de-France, avec 82 personnes employées. Actu Paris a pu échanger avec des salariés, sous couvert d’anonymat, et des habitués du magasin.
« Un poumon du commerce » à Malakoff
Dans les couloirs clairsemés de cette grande surface, les mines s’avèrent défaites. « On avait déjà eu des avertissements. Mais là on a reçu la douche froid mardi (10 février 2026) », fait savoir auprès d’actu Paris une agente. Pour elle, la fermeture du Monoprix sonnera le deuil de plus de 30 ans de carrière. « C’est très dur de vivre ça », confesse-t-elle, les larmes aux yeux.
Chaque acteur le martèle. Le Monoprix de Malakoff ne représente pas simplement un commerce dans lequel les transactions marchandes s’enchaînement froidement. « C’est comme une maison ici. On est en famille. Les gens nous connaissent bien. Il y a beaucoup de personnes âgées », explique un salarié en poste depuis quinze ans. Annick fait partie de cette clientèle.
La retraitée octogénaire vient toutes les semaines pour passer une tête au rayon des vêtements. « Cela me rend triste pour les salariés. Je vais le regretter. Et le quartier va perdre un poumon du commerce », prophétise celle qui réside dans un immeuble à Montrouge, une ville limitrophe.
Le Monoprix a également les atours d’un éléphant. Depuis près d’un demi-siècle, il propose un éventail de services alimentaires dans une zone peu pourvue en magasin de grande distribution.
« Au début, il y avait 300 salariés. Puis ça a fondu comme peau de chagrin, au gré de la politique de casse sociale menée par la direction »
Cédric Mastain
Secrétaire général de l’union locale Malakoff CGT

L’union locale CGT de Malakoff s’est mobilisée ce samedi 14 février 2026 pour défendre les salariés concernés par la fermeture. (©AG/ actu Paris)
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Une baisse de l’activité
En dépit de son implantation locale, le Monop a perdu de sa superbe ces dernières années. « Avant, le chiffre d’affaires pouvait atteindre 300 000 euros par semaine. Maintenant, on est plus à 100 000 euros », se lamente le syndicaliste cégétiste, qui estime que la baisse de l’activité résulte « de départs non remplacés » ou encore « des conditions de travail dégradées ».
Racheté par le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, le groupe Casino a donc décidé d’alléger en réorganisant sa flotte. Mais derrière cette stratégie, se joue l’avenir de dizaines de salariés, dont plusieurs d’entre eux arrivent en fin de carrière. « Beaucoup de salariés ici ne sont plus tout jeunes. On va leur proposer des postes ailleurs très contraignants. C’est scandaleux », rappelle Cédric Mastain.
Du côté de la direction, on prend soin d’insister sur « la non suppression d’emploi ».
« L’objectif est de proposer une solution de repositionnement à chacun d’entre eux au sein du réseau Monoprix. Plus largement, aucune suppression d’emploi n’est envisagée dans le cadre de ces projets d’évolution du parc de magasins »
Une porte-parole de la direction de Monoprix à actu Paris
« Je pense que c’est un piège », rétorque une salariée.

Le Monoprix existe depuis près d’un demi-siècle à Malakoff. (©AG/ actu Paris)Une réunion la semaine prochaine entre la Ville et Monoprix
Les syndicats se montrent très perplexes. « On a déjà vu que d’autres enseignes n’hésitaient pas à faire des plans de licenciements, comme Carrefour. Pourquoi cela serait différent ? », s’interroge Cédric Mastain. En 2023, la multinationale avait lancé un plan de 4 milliards d’euros d’économies, se matérialisant par le « départ volontaire » de près d’un millier d’employés.
Dans un communiqué publié le 12 février, la ville de Malakoff s’est dite « constern (ée) » par la décision du groupe Casino. Elle a annoncé « souten(ir) les salariés du groupe », qui « pai(eraient) les conséquences des choix stratégiques opérés par leur direction ». Une réunion doit avoir lieu la semaine prochaine entre les deux parties pour « sauvegarder et assurer la pérennité des emplois […] menacés ». Le magasin devrait fermer en septembre 2026.
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