De quelle façon le fait de bouger, de se lever de son canapé, de lutter contre la sédentarité, permet-il de lutter contre le stress, l’anxiété, de mieux traverser un épisode dépressif, une déprime passagère ou encore d’améliorer notre estime de soi ?

Un cocktail chimique produit par le corps

Lorsque l’on pratique une activité physique d’intensité modérée à élevée pendant au moins trente minutes, le cerveau libère des peptides opioïdes endogènes — les fameuses endorphines, qui diminuent la douleur et l’anxiété — mais aussi des endocannabinoïdes. « On produit nos propres opioïdes, donc notre propre morphine, mais en plus on produit notre propre cannabis », résume l’endocrinologue Martine Duclos, chef du service de médecine du sport au CHU de Clermont-Ferrand et présidente de l’Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité (Onaps), qui précise que ces molécules agissent directement sur des zones cérébrales impliquées dans l’émotion, la récompense et la mémoire.

L’état de bien-être qui en résulte peut durer de trente minutes à plusieurs heures selon l’intensité de l’effort et le niveau d’entraînement. Le muscle lui-même sécrète des hormones, les myokines, qui agissent sur le cerveau, et la dopamine est produite très rapidement. « Dès que vous sortez de votre canapé ou de votre fauteuil, que vous bougez et qu’encore plus vous allez dehors et que vous avez la chance d’avoir du soleil et du vert, vous êtes bien », ajoute -t-elle.

Le chercheur en neuropsychologie de santé Boris Cheval, maître de conférences à l’ENS de Rennes, coauteur du Syndrome du paresseux (Dunod Poche, janvier 2026), invite toutefois à ne pas s’en tenir à la seule explication neurobiologique : « Il ne faut pas oublier l’hypothèse psychosociale, donc les bénéfices au niveau psychologique : sentiment d’auto-efficacité, amélioration de la régulation des émotions, de la résilience, réduction de la perception de fatigue. » La journaliste santé et coach sportive Lucile Woodward confirme par l’expérience de terrain : quelques minutes de danse dans son salon avec de la musique suffisent parfois à se sentir mieux, avant même que le « bain hormonal » complet ne s’installe.

Trouver l’activité physique qui nous fait plaisir

Tous les intervenants insistent sur un point : sans plaisir, pas de pratique durable. « Si l’activité physique n’est pas plaisante, il n’y aura pas de maintien à long terme », martèle Boris Cheval, qui rappelle que le cerveau traite l’effort comme un coût et ne l’accepte que si les bénéfices associés sont suffisamment élevés. Lucile Woodward encourage chacun à retrouver le sport pratiqué dans l’enfance, souvent associé à un souvenir de joie : « Le meilleur sport, c’est celui que vous avez envie de refaire demain ou la semaine prochaine. Idéalement, avoir un peu d’intensité cardiovasculaire, un peu de renforcement musculaire et un peu d’étirement via le yoga, c’est bien, mais au départ, c’est n’importe quel sport, dans la mesure où on a envie de le refaire. »

La psychiatre et pédopsychiatre, Anne Sénéquier, co-directrice de l’Observatoire de la santé mondiale de l’IRIS, élargit la réflexion à notre mode de vie de « chasseurs-cueilleurs » sédentarisés. « Sapiens-Sapiens a 250 000 ans. Ça fait 10 000 ans, peu ou prou, qu’on est éleveurs et sédentaires, et ces cinquante dernières années, et plus particulièrement ces trente dernières années, nous ont véritablement cloués sur un fauteuil ou un canapé. Avec l’arrivée des écrans, le soir, maintenant, on ne va plus forcément sortir avec les amis danser ou faire un match de tennis, on va se mettre devant une plateforme de streaming et rester là ».

Elle compare la « récompense immédiate » de ces nouvelles activités « zéro effort » et les conséquences à long terme. « C’est vraiment le couperet, parce qu’aujourd’hui, on a 96% en Europe des décès prématurés qui sont dus à ces maladies non transmissibles et dont à la sédentarité, à nos comportements du quotidien. » Elle insiste : « Tout ce qui va rajouter de l’activité physique au quotidien est toujours bon à prendre », y compris prendre les escaliers ou marcher jusqu’à la station de métro suivante.

Dépression : bouger oui, mais accompagné

D’autant que l’activité physique est aujourd’hui recommandée comme thérapie de première intention dans les dépressions légères à modérées et en complément pour les formes plus sévères. Boris Cheval conseille cependant aux personnes en situation de dépression de se faire aider par des professionnels de santé : « Il faut vraiment vous entourer de gens qui vont vous aider à enclencher le comportement. Une fois que vous l’enclenchez, vous allez voir, il va y avoir des bénéfices, vous allez vous sentir mieux, vous allez un petit peu mieux dormir, vous allez avoir une régulation de votre humeur, et il va y avoir un cercle vertueux qui va se mettre en place. »

C’est l’approche de l’association « Je bouge pour mon moral », présentée par son fondateur, Frédéric. Créée après l’accompagnement de son fils en dépression pendant le Covid, elle propose un programme de douze semaines de marche nordique ou de cross-training, encadré par des professionnels de l’activité physique formés à la santé mentale, dans un cadre collectif et bienveillant.

De quelle façon le fait de bouger, de se lever de son canapé, de lutter contre la sédentarité permet de lutter contre le stress, l’anxiété, de mieux traverser un épisode dépressif, une déprime passagère ou encore d’améliorer notre estime de soi.

Invités

  • Martine Duclos, chef du service de médecine du sport au CHU de Clermont-Ferrand et présidente de l’Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité (Onaps)
  • Boris Cheval, chercheur en neuropsychologie de santé, psychologie du sport et épidémiologie sociale, maître de conférences à l’École normale supérieure de Rennes, coauteur avec Matthieu Boisgontier de Le syndrome du paresseux. Comment combattre notre inactivité physique (Dunod Poche, janvier 2026)
  • Lucile Woodward, journaliste santé, professeure de fitness et coach sportive. Créatrice de contenus fitness sur Instagram (@lucilewoodward) et Youtube (Lucile Woodward)
  • Dr Anne Sénéquier, psychiatre, chercheuse et co-directrice de l’Observatoire de la santé mondiale de l’IRIS, spécialisée sur les questions de santé et environnement.
  • La chronique de Thierry Lhermitte pour la Fondation pour la recherche médicale.