La violence est-elle en train de gagner toute la vie politique. A Paris, si la lutte pour la succession à Anne Hidalgo était acharnée et virulente depuis plusieurs mois, elle était restée, jusqu’alors, au niveau des mots. Au lendemain de la mort d’un jeune militant identitaire, Quentin Deranque, à Lyon, elle a peut-être en train de déborder.
C’est par un communiqué publié par la Gauche unie ce dimanche 15 février que nous apprenions un accrochage entre militants au marché de Grenelle au cours de la matinée dans le 15e arrondissement de Paris. « Un tournant inquiétant » selon l’équipe d’Emmanuel Grégoire qui dénonce de l’intimidation et des comportements agressifs de la part de militants Reconquête.
« Vous me mettez une cible dans le dos »
« Un groupe de militant d’extrême droite emmené par Samuel Lafont, tête de liste de Sarah Knafo dans l’arrondissement, a pris à partie plusieurs militants de la Gauche unie. Samuel Lafont a profité de l’isolement de l’un de nos militants pour lui saisir le bras, alors que ce dernier faisait face à une dizaine de militants agressifs », détaille le communiqué.
Contacté à ce sujet, Samuel Lafont dément l’accusation. « Saisir le bras ? Rien du tout ! Nous étions en train de tracter dans un endroit qui nous est plutôt favorable habituellement. Quand nous sommes arrivés, nous avons trouvé des militants agressifs à notre encontre. Au bout d’un moment, j’apprends qu’il y a un militant qui n’arrête pas de gueuler. Je l’ai juste pris à part pour lui demander de se calmer parce que j’avais avec moi des personnes âgées, des familles et des enfants, assure-t-il à 20 Minutes, il a même osé me traiter de révisionniste. Je me réserve le droit de porter plainte pour cela. »
Dans un tweet publié dimanche soir, en réponse à Emmanuel Grégoire, le candidat Reconquête accuse la gauche de mensonges et de manipulations, jusqu’à faire référence à la mort de Quentin Deranque : « Vous me mettez une cible dans le dos après de récent meurtre commis par l’extrême gauche. »
« Ils veulent surfer sur la mort du jeune à Lyon »
Contacté par 20 Minutes, le militant pris à partie confirme pourtant sa version des faits : « Vers 10h30, il y avait pas mal de militants, des Dati-Goujon, des LFI, et nous [la Gauche unie]. Tout le monde tractait et ça se passait bien. Et ils sont arrivés tous d’un coup, bruyants, invectivant tout le monde. Au point que la plupart des militants, mécontents de ce bordel, sont remontés un peu plus haut sur le marché. Moi, j’ai décidé de rester pour tracter. »
C’est à ce moment qu’Edouard* dit s’être retrouvé cerné par « huit à dix » militants Reconquête. « Ils ont fait une sorte de tunnel autour de moi pour m’empêcher de tracter. Ils ont tout fait pour m’empêcher de distribuer mes flyers. J’ai protesté plusieurs fois. » C’est à ce moment qu’est arrivé le candidat « Une ville heureuse ». « Il s’est d’abord planté devant moi, m’a pris le bras et m’a dit : « Tu vas te calmer maintenant ! ». Je lui ai demandé d’arrêter de me pousser et qu’il n’avait pas l’autorisation de me toucher », précise Edouard.
« Ça fait un moment qu’il y a une tension larvée avec eux. Il y a deux ou trois semaines, ils ont traité Anouch Toranian de « sale conne » sur un marché, ajoute Edouard. C’est leur méthode de s’imposer physiquement. Ensuite ils campent et font beaucoup de bruit. C’est de l’intimidation. » Mais cette fois c’est « un peu différent » selon lui. « Il y avait de la provocation. Je pense qu’ils veulent faire réagir pour ensuite surfer sur la mort du jeune à Lyon et se poser en victime », estime le jeune militant.
Dati cible Brossat, Grégoire, Belliard
Une version confirmée par une militante d’un troisième camp** : « Samuel Lafont était de la Manif pour tous. C’est leur méthode, ils provoquent en mettant les enfants en avant pour après hurler en disant que ce sont eux qui se font agresser. »
Surfer sur la mort du militant d’extrême droite ? C’est l’accusation portée également contre Rachida Dati. Invitée ce lundi matin sur CNews et Europe 1, la ministre de la Culture a dénoncé « une volonté de violence » de la part de la gauche avant de faire un lien direct avec sa propre campagne à Paris.
« On le vit tous les jours. Parfois, vous menez des réunions, et l’équipe de Monsieur Brossat, Monsieur Belliard et Monsieur Grégoire vous envoie des gens pour essayer de vous agresser ou d’agresser les gens avec lesquels vous vous réunissez », a lancé la candidate LR à l’encontre de ses adversaires de gauche. Avant d’ajouter : « Monsieur Brossat, je l’ai encore écouté récemment qui trouvait qu’il n’y avait pas d’actes de violences. On en arrive là, à la mort d’un jeune homme. »
Dans le 15e arrondissement, des militants de gauche font face à la violence de @Samuel_Lafont et de ses troupes zemmouristes.
Derrière les discours “respectables”, c’est toujours la même réalité : haine de la démocratie, intimidation, violence politique. pic.twitter.com/m1huT7lbrp
— Pierre M. 🇫🇷 (@PierreM98) February 15, 2026
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J’accepteDes plaintes en diffamation en réponse aux accusations
Une accusation grave que contredit le sénateur communiste de Paris. Il affirme à 20 Minutes : « C’est tout simplement impossible, je n’ai pas donné d’interview depuis la mort de Quentin Deranque. » Pas de quoi surprendre ce soutien à Emmanuel Grégoire pour autant : « Elle est coutumière du fait. Si elle arrête de mentir, elle arrête de respirer. Mais c’est d’autant plus grave qu’elle utilise un événement tragique qui devrait appeler un peu de dignité dans le débat public. Mais bien entendu, elle fait tout l’inverse et instrumentalise cela à des fins politiciennes… » Selon Ian Brossat, cela est dû à « une grande fébrilité » du fait de la concurrence que connaît Rachida Dati « sur sa gauche par Pierre-Yves Bournazel et Sarah Knafo sur sa droite ».
Les trois élus cités, Emmanuel Grégoire, Ian Brossat et David Belliard, ont chacun leur tour annoncé porter plainte contre la maire du 7e arrondissement pour diffamation.
*Le prénom a été modifié à la demande de la personne concernée
** Elle préfère rester anonyme pour ne pas impliquer son ou sa candidat-e