Un petit téléphone à clapet dans la poche, comme ceux que nous avons connus dans les années 2000, Dominique Eav n’a « jamais eu de smartphone. J’ai longtemps été considéré comme un original mais, depuis deux à trois ans, les gens viennent me voir et me disent qu’ils aimeraient s’en détacher », lance-t-il. Pourtant, les écrans font partie de son quotidien. Le Quévenois est informaticien spécialisé dans les logiciels libres. « Je suis informaticien à 80 % et musicien à 20 % », précise-t-il. Parce que le lien social est primordial pour ce membre de l’association Lève les yeux, « qui promeut la déconnexion pour mieux préserver l’attention humaine ».
Dominique Eav part du principe que tout peut se faire depuis un ordinateur. Et s’il a toujours refusé le smartphone, c’est parce que « rendre tout possible à n’importe quel moment pose plein de problèmes. On n’est plus capable de regarder juste devant nous ». Par exemple, se déplacer avec un GPS, c’est se priver de « découvrir de nouvelles rues, rencontrer de nouvelles personnes ». Une vie sans inattendu.
Entre surabondance et isolement
Réseaux, banques, santé, transports, voyages, énergie… les applications sont partout et « sont taillées sur mesure pour happer notre attention ». Le quadragénaire avance l’exemple de Tik Tok ou Instagram « les vidéos vont chercher à nous engager émotionnellement. On tombe dans des gouffres et on en sort trois à quatre heures plus tard ». Pour lui, le smartphone « altère notre rapport au monde et nous isole ». Mais pas que. « Ils impactent l’éducation, la société ou encore l’écologie. Et on est exposé à un flux informationnel non contrôlé ».
« On ne se supporte plus »
« Bien sûr, il y a des bons usages des réseaux », poursuit Dominique Eav, qui cite le mouvement #Me too, le Printemps arabe, la pétition contre la loi Duplomb, en exemples. Les réseaux sont des « outils extraordinaires pour donner une caisse de résonance à certains évènements ». Mais pour lui, un malaise persiste : « Quels effets ont-ils sur la vie réelle ? Quand on se mobilise en ligne, on ne se mobilise pas dans la rue. Si on regarde comment évolue notre société, on voit que ça ne va pas bien. On ne se supporte plus, on n’est plus capables de parler avec ceux qui ne sont pas d’accord avec nous », estime-t-il.
Voir ce que ça nous apporte
Pas de discours moralisateur. Mais des constats et des interrogations. Pour Dominique Eav, il y a des idées, des initiatives à partager pour faire évoluer notre rapport aux smartphones. L’objectif de la réunion publique organisée, ce jeudi 19 février 2026, à Lorient, « c’est de soulever des interrogations et d’ébaucher des réponses à plusieurs. Mais ça vaut le coup de se questionner, de voir ce que ça nous apporte, et ce que ça nous coûte ».
Pour le membre de Lève les yeux, « l’idée n’est pas de dire qu’il faut tout arrêter. Ce serait plutôt de réfléchir à une autre utilisation, ne pas l’avoir en permanence sur soi ». Tout simplement se demander « Quand est-ce qu’un smartphone est vraiment nécessaire ? ».
Pratique
Réunion publique, ce jeudi 19 février 2026, à 19 h, à l’Embarcadère, à Lorient.