Depuis son bureau, dans le quartier d’affaires de la Défense, le point de vue sur l’ouest parisien et le Mont Valérien est exceptionnel. Mais l’originalité des lieux tient surtout à cette vision surréaliste de la Tour Eiffel. Parfaitement alignée avec la tour Montparnasse, juste derrière, la Dame de fer semble reposer sur un bloc rectangulaire. L’ensemble est un peu disgracieux mais peut-être faut-il y voir d’abord un clin d’œil appuyé aux origines du nouveau directeur général de Suez, nommé en juillet dernier. Car, au pied de la tour, la gare Montparnasse est celle qui ramène Xavier Girre à Rennes, sa ville de naissance.
Malgré un parcours qui l’a conduit à de hautes fonctions chez Veolia, La Poste ou EDF, et l’a forcément éloigné des quais de la Vilaine, le patron de Suez et de ses 40 000 salariés dans le monde – dont 25 000 en France – est foncièrement attaché à sa terre. Lors d’une vidéo tournée à l’occasion de sa nomination et diffusée auprès de l’ensemble des collaborateurs, le quinquagénaire s’était ainsi d’abord présenté comme tel. « Tout fait de moi un Breton. C’est la région de mon berceau et de mes tombeaux », confie le dirigeant, dont la mère est native de Pleurtuit et le grand-père paternel de Montfort-sur-Meu, en Ille-et-Vilaine.
HEC, Sciences Po, Ena
Rennes, où il a toujours de la famille, c’est pour lui les souvenirs de parties de tennis au Garden et au Patton, sa scolarité à Anne-de-Bretagne et Jean Macé, et puis, monument de la gastronomie locale, la galette saucisse achetée au marché des Lices ou au Roazhon Park, les soirs de match. Agrémentée de moutarde, forcément. Quant à Dinard, c’est son port d’attache, les vacances, la pêche à pied. « J’y retourne aussi souvent que possible. » L’une de ses grands-mères y tenait avec son mari un garage. Veuve, elle avait monté une boutique de vêtements d’enfants et de femmes enceintes, qu’elle ouvrait encore, le dimanche après-midi, à plus de 80 ans. Un modèle. « Dans ma famille, le travail, les études, l’engagement, le sens des responsabilités ont toujours compté. »
Chez les Girre, Xavier a toutefois pris une autre route. Parents universitaires à la faculté de pharmacie de Rennes, grands-parents pharmaciens rue Hoche – l’officine Notre-Dame existe toujours -, arrière-grand-père exerçant le même métier, deux sœurs oncologue et dentiste : il a baigné dans le médical. Mais son truc à lui, c’est plutôt les entreprises, les enjeux politiques et sociétaux. C’est ce qui l’a conduit à rentrer d’abord à HEC, puis poursuivre à Sciences Po et l’Ena. Avant de démarrer sa carrière à la Cour des comptes, alors présidée par Pierre Joxe. « Dans une logique de méritocratie républicaine à laquelle je suis très attaché. Ça m’a été utile pour toute la vie », confie-t-il.
Transformer, son « fil rouge »
Transformer les structures par lesquelles il passe, c’est ce qui motive particulièrement Xavier Girre. « C’est vraiment un fil rouge. » Chez Suez, il est gâté. l’OPA de Veolia désormais derrière lui – c’était en 2022 – le groupe actif dans la gestion de l’eau et des déchets doit retrouver de l’agilité. Depuis son arrivée, le Breton a ajusté le comité exécutif, réduit les silos, les liens hiérarchiques. Pas question néanmoins d’engager un plan de départs volontaires, assure-t-il. L’entreprise, entièrement tournée vers la conquête commerciale sous sa direction, devra se transformer au cas par cas. « C’est une démarche optimiste, d’ambition, de courage », indique ce DG qui aime à « creuser son sillon ».
En Bretagne, Suez compte 820 salariés. « C’est une région extrêmement importante et pas seulement parce que c’est ma région de cœur. » La péninsule compte seulement 32 % de ses eaux de surface en bon état écologique. Elle doit aussi exporter un quart de ses déchets dans d’autres régions. Autant de défis à relever pour le groupe actif dans la production et la distribution d’eau, l’assainissement ainsi que les déchetteries et les centres de valorisation de Brest à Férel, en passant par Batz, Ploufragan, Taden, Vannes et bien sûr… Rennes. Encore et toujours.