JONATHAN NACKSTRAND / AFP
Une épave de la marine suédoise datant du XVIIe siècle, immergée au centre de Stockholm depuis 400 ans, est visible au-dessus de la surface depuis début février en raison du niveau inhabituellement bas de la mer Baltique.
Au centre de Stockholm, des passants s’arrêtent devant ce qui ressemble à une carcasse échouée. Des planches sombres émergent de l’eau, dessinant la silhouette d’un vieux navire. Ce n’est pas une découverte archéologique soudaine, mais la conséquence directe d’un phénomène météorologique rare : la mer Baltique est descendue à un niveau historiquement bas.
Depuis le début du mois de janvier, des vents d’est persistants balayent la région nordique. Jour après jour, ils ont poussé l’eau de la Baltique vers la mer du Nord et l’Atlantique à travers les détroits entre l’Allemagne, le Danemark et la Suède. Un phénomène qui s’est installé dans la durée, et qui a provoqué une chute progressive mais spectaculaire du niveau moyen de la mer.
Début février, la station de mesure de Landsort-Norra, au large de la Suède, enregistrait plus de 67 centimètres sous la moyenne de long terme. Un record depuis le début des relevés continus en 1886. Selon les chercheurs du Leibniz Institute for Baltic Sea Research (IOW), la Baltique « manque » actuellement environ 275 kilomètres cubes d’eau par rapport à la normale. En plus de 140 ans d’observations, seuls cinq épisodes comparables ont été recensés. Et c’est justement dans ce contexte que l’épave est réapparue.
Une épave âgée de près de 400 ans
Près de l’île de Kastellholmen, les lattes en chêne d’un navire militaire suédois du XVIIe siècle affleurent désormais clairement au-dessus de la surface. « Il s’agit d’un bâtiment que la marine suédoise a volontairement coulé, probablement autour de 1640 », explique à l’AFP Jim Hansson, archéologue au musée Vrak de Stockholm.
À l’époque, la coque aurait été utilisée comme fondation pour un pont. Le choix du chêne, bois particulièrement résistant, combiné à une spécificité de la Baltique (et notamment l’absence de vers marins qui dégradent habituellement le bois) a permis à la structure de se conserver pendant près de quatre siècles. L’épave avait déjà été partiellement visible en 2013, mais jamais avec une telle netteté.
Mais derrière cette image spectaculaire, les scientifiques observent surtout la suite des événements. Un niveau aussi bas constitue en effet une condition idéale pour un afflux massif d’eau salée en provenance de la mer du Nord. En temps normal, un écart d’environ 20 centimètres sous la moyenne suffit à rendre ce scénario possible. Avec plus de 67 centimètres de déficit, les conditions sont actuellement « exceptionnellement favorables ».
Si les vents s’inversent dans les prochains jours et deviennent durablement d’ouest, ils pourraient pousser vers la Baltique une grande quantité d’eau froide, salée et riche en oxygène. Les chercheurs de l’IOW estiment aujourd’hui entre 80 et 90 % la probabilité que cela se produise.